Si cette forme du ġ ayant le son du j avait eu cours, on aurait écrit aġant comme on écrit gérant, et négliġant et obliġant, tandis que pour donner le son doux au g il fallait mettre un e au lieu d’un a à négligent et même ajouter un e devant ant comme dans obligeant, nageant. Cette légère modification lèverait bien des difficultés et l’Académie en appréciera les avantages.
DE LA LETTRE X.
Il y aurait peut-être quelques observations fondées à présenter touchant l’emploi de la lettre x comme marque du pluriel. Elle a disparu déjà des mots loix et cloux.
Plusieurs néographes, tels que Duclos, de Wailly, etc., voulaient même la remplacer par l’s dans les pluriels des mots terminés en al et en eu, et qu’on écrivît des chevaus, des vœus, etc., et aussi au singulier des adjectifs formés sur un primitif latin en osus, ex.: vicieus, précieus, pour conserver la régularité dans la formation du féminin et des dérivés. Par la même raison, il proposait d’écrire la crois, le chois, etc.
Mais, pour ne pas rompre d’anciennes habitudes, on pourrait n’adopter ce changement que dans les sept pluriels suivants: cailloux, choux, genoux, glougloux, hiboux, joujoux, poux, pour être conforme avec les bambous, les clous, coucous, filous, fous, mous, trous, verrous. Cette correction offrirait l’avantage d’éliminer l’une des trop nombreuses règles de la formation du pluriel.
CONCLUSION.
Les modifications orthographiques que l’on soumet à la décision de l’Académie sont toutes fondées sur la logique et l’analogie, toutes justifiées par les précédents. En les discutant, l’Académie montrera qu’elle tient compte de la disposition des esprits à notre époque, où les traditions de notre ancienne langue et l’étude de ses monuments littéraires prennent de plus en plus d’importance; dans sa sagesse elle adoptera celles qui lui sembleront le plus nécessaires.
Les modifications proposées sont-elles, à proprement parler, des innovations? Ne sont-elles pas plutôt un retour aux règles qui ont présidé à la formation littéraire de notre langue? Les quelques retranchements à opérer portent en général sur des interpolations de lettres d’une date relativement récente, et l’Académie les a déjà en partie condamnées.
Je crois d’ailleurs utile de rappeler que, tout importantes et nombreuses que soient ces modifications, elles n’apporteraient pas dans l’écriture un trouble comparable au grand changement introduit dans la troisième édition de son Dictionnaire en 1740. Réparties sur les vingt-six mille mots du vocabulaire de notre langue[82], elles seraient bien moins sensibles, et facilement adoptées; la logique et l’analogie y conduisent naturellement; la plupart d’entre elles passeraient même inaperçues. D’ailleurs quelques inconvénients passagers seront bien faibles en comparaison des avantages réels et durables qui en résulteront.
[82] Le nombre des mots admis dans la sixième édition est de 25,786.