[103] L’habitude d’écrire simplement et d’essayer de figurer la prononciation plutôt que l’étymologie est plus ancienne en France que l’Académie de 1694 ne paraît le supposer, car cet usage remonte à l’époque même de nos plus anciens monuments écrits du XIe, du XIIe et du XIIIe siècle (Lois de Guillaume, Apocalypse, Quatre Livres des rois, etc.). Le mot appellata, que l’Académie de 1694 écrit appellée, est figuré ainsi, apeled et apelee; le tesmoignage (testimonium) est alors testimoine ou tesmoigne; les yeux, comme écrivait R. Estienne, sont des oils, etc. Il est vrai que, depuis le XIVe siècle, les clercs, fort épris du latin, se sont donné carrière pour saupoudrer de plus en plus leurs transcriptions de lettres étymologiques et souvent de lettres qui ne le sont pas; mais c’est à partir de la Renaissance de l’antiquité que cette fièvre d’érudition a pris son plus grand développement. Voir plus haut, p. [112].
«Preposition e. Devant un mot simple commençant par f, cette consone se double. Exemples: effaroucher, effeminer. Devant toute autre consone que f, on met aprés la preposition latine un s. Exemples: esbattre, esmouvoir, espleurer, espris, esrailler, estester, etc.
«La preposition sous garde son s. Exemples: sousbarbe, souschantre, souslever, souspeser, souspir, soustenir, soustraire. Quelques-uns neantmoins escrivent soupir et soutenir.»
Mais l’Académie, en 1740, a décidé contrairememt à la plupart des règles des Cahiers de 1694. Il suffit d’indiquer quelques mots extraits des séries complètes du Cahier qu’elle a rectifiés dès sa troisième édition: appanage, appaiser, appercevoir, etc.; desboetter, desbotter, desborder, desbourser, esbattre, esbranler, escarter, qu’elle écrit les uns par un seul p et les autres sans s.
Dans le Cahier on autorise cependant d’écrire deffaillir et defleurir, deffaire et defricher, et l’on remarque que quelques mots qui n’avaient pas d’h en latin en ont pris en français: «ululare, hurler; altus, haut; exaltare, exhausser; ostreum, huistre; oleum, huile; ostium, huis; octo, huit.»
Voici ce qui est dit à l’article du Circonflexe:
«Le circonflexe mis sur une syllabe marque bien qu’elle est longue; mais ce n’est pas pour cela qu’on l’y met, c’est pour montrer qu’on y a retranché une voyelle, comme on fait en grec aux verbes et aux noms contractes[104]. Par exemple, on le met en bâiller, râiller, contractes de beailler et de riailler; à âge, blessûre, j’ay pû, ingenûment, assidûment, etc. Les novateurs de l’orthographe le veulent substituer à la place de l’s muette, et escrivent tempête, bête, ôter, etc.»
[104] Cet accent circonflexe joue encore dans notre orthographe le double rôle, de marquer la suppression d’une lettre, comme dans affût, affûtage, aîné, vous arrivâtes, nous crûmes, etc., et de rendre la syllabe longue, comme dans bâche, bêche, bellâtre, câlin, etc. Il y a là une source de nombreuses difficultés pour les étrangers.
L’opinion des novateurs a prévalu, et l’Académie a même retranché l’accent circonflexe à la plupart des mots qui ont subi une contraction: railler, blessure, pu, ingénument. Elle l’a conservé à assidûment.
On lit à l’article de la DIVISION: