«L’ancienne orthographe peche quelquefois en lettres superfluës; mais il ne faut pas les appeller ainsi quand elles servent à marquer l’origine, comme en ce mot vingt, qui s’escrit de la sorte, encore que le g ne se prononce point, parce qu’il vient du latin viginti. Il n’en est pas de mesme quand l’usage a depuis long-temps reglé le contraire: ainsi on n’orthographie plus le mot escripre avec un p ni escripture

Suivent quelques règles sur la permutation des consonnes ou le maintien des consonnes caractéristiques, règles que l’usage a consacrées ou que l’Académie a abrogées elle-même en 1740.

Cependant, le passage suivant est à noter particulièrement: il explique et justifie l’abandon des caractères étymologiques dans les mots tirés du grec et devenus d’un usage vulgaire: «Plusieurs aussi escrivent: fantaisie, fantastique, fantasque, fantosme, mais d’autres veulent un ph à phantaisie, qui signifie cette faculté de l’ame que les Latins appellent imagination; mais fantaisie que signifie caprice, bizarrerie, s’escrit avec f. Ce n’est pas que les deux mots n’ayent la mesme origine, mais le dernier, à force d’estre usité et de passer dans les mains de tout le monde, a changé son PH grec en un F françois

C’est ce dernier précepte qui aurait dû être appliqué plus rigoureusement dans les éditions successives du Dictionnaire.

«On doit garder, ajoute le Cahier, les doubles consones aux mots où il y en avoit dans le latin, par example, deux bb, deux cc, deux dd, etc. D’autre costé, pour l’ordinaire la consone n’est pas double dans le françois quand elle ne l’estoit point dans le latin.»

Le Cahier, pour être conséquent avec l’exemple qu’il donne en écrivant partout consone avec un seul n, aurait dû supprimer la double lettre à persone, à sonette, à pome, etc., etc.

«Les composez et les derivez suivent l’orthographe de leurs simples.»

Le Cahier passe ensuite en revue les prépositions latines qui entrent dans la composition des mots français. «Quand la preposition a est suivie d’un g ou d’une m, ces consones ne se doublent pas, excepté pour le g les mots où il est déja double en latin. Exemples: aggreger, aggresseur, aggraver, exaggerer. Toute autre consone que g ou m se double: abbatre, abbonner, abbreuver, abbreger, abbrutir.» Il y a un certain nombre d’exceptions indiquées.

«Avec la préposition ad il y a à distinguer; quelques-uns enlèvent le d, mais la meilleure orthographe le conserve. Exemples: addonner, adjoint, adjourner, adjouster, adjuger, adjuster, admettre, admirable, admiral[102], admis, admodier, admonester, addresser, advis, advocat. Quelques-uns neantmoins escrivent ENCORE[103] avis, avertissement, avertir et avocat sans d

[102] On a reconnu plus tard que le mot amiral vient de l’arabe émir. La préposition ad des Latins n’avait rien à faire ici.