[99] Par cet exemple, on voit que dans partir, sortir, on ne prononçait pas le r, de même que nous ne le faisons pas sentir dans aimer, céder non suivis d’une voyelle.
[100] La préface du premier Dictionnaire de l’Académie, en 1694, a été écrite par Regnier des Marais, et l’epître dédicatoire au Roi, par Perrault. On croit que les observations sur cette dédicace publiées par d’Olivet, à la fin de ses Remarques sur les tragédies de Racine (Paris, Gandouin, 1738, in-12), sont dues à Racine et à Regnier des Marais.
Dans cette préface comme dans les autres citations, j’ai suivi scrupuleusement l’orthographe même des textes. Quant à la ponctuation qui, n’étant soumise à aucune règle fixe, nuit parfois à l’intelligence du sens, j’ai dû la rétablir d’après l’usage des bonnes imprimeries. Le grand nombre des majuscules, employées souvent d’une façon arbitraire, est modifié selon habitudes actuelles.
On doit cependant signaler dans cette préface l’emploi du (;) suivi d’une majuscule qui remplit la fonction d’une ponctuation intermédiaire entre le point-virgule (;) et le point. (Les deux points (:) remplissent une autre fonction.) Il est regrettable qu’on ait abandonné un secours utile quelquefois et qui, du reste, avait un précédent, ainsi qu’on en peut juger par les textes grecs de ma Bibliothèque des auteurs grecs. Cette ponctuation intermédiaire s’y trouve remplacée par l’emploi de la minuscule simple après le point, pour indiquer une suspension moins forte que lorsque le point est suivi de la majuscule.
La comparaison de notre orthographe académique, d’après la dernière édition du Dictionnaire de 1835, avec celle du Dictionnaire de 1694, prête une grande force aux instances de ceux qui veulent améliorer l’état de choses actuel.
2o Cahiers de remarques rédigés pour le Dictionnaire de 1694.
Dans les Cahiers dressés par l’Académie pour éclairer la discussion des mots du Dictionnaire de 1694, se trouvent des règles de détermination orthographique qu’elle n’a formulées nulle part ailleurs. Ces Cahiers étaient tirés strictement à quarante exemplaires au nom de chacun des membres. Il en existe deux éditions[101]. C’est sur l’exemplaire de Racine de la première édition, conservé à la Bibliothèque impériale, que j’ai transcrit ce qui suit. On y voit établie la règle du doublement de la consonne avec ses nombreuses exceptions, celle de la composition de nos mots avec les prépositions latines. La loi de la configuration étymologique paraît déjà subir de notables restrictions, faites au nom de l’usage. Voici l’analyse de quelques-unes des principales remarques:
[101] M. Ch. Marty-Laveaux a réédité en 1863, chez le libraire J. Gay, à trois cents exemplaires, ces deux éditions en les faisant précéder d’une intéressante introduction.
«La premiere observation que la Compagnie a creu devoir faire est que, dans la langue françoise, comme dans la pluspart des autres, l’orthographe n’est pas tellement fixe et determinée qu’il n’y ait plusieurs mots qui se peuvent escrire de deux differentes manieres, qui sont toutes deux esgalement bonnes, et quelquefois aussi il y en a une des deux qui n’est pas si usitée que l’autre, mais qui ne doit pas estre condamnée.
«Generalement parlant, la Compagnie prefere l’ancienne orthographe qui distingue les gens de lettres d’avec les ignorans, et est d’avis de l’observer par tout, hormis dans les mots où un long et constant usage en a établi une differente.