—Ils sont prêts.
Au bout d'un quart d'heure M. de Villebrais avait recruté sa bande. Comme elle se disposait à partir, un brigadier intervint. C'était un homme balafré, grisonnant et d'aspect farouche.
—Eh! dit-il, n'êtes-vous point enrôlés au service de M. le duc d'Ascot, notre général? Lui seul peut vous donner permission de quitter le régiment.
—Lui ou celui qui commande à toute la province, répliqua M. de
Villebrais en présentant au sous-officier l'ordre du gouverneur.
Le brigadier déchiffra le papier à la clarté d'une chandelle.
—Un ordre et un laissez-passer! murmura-t-il entre ses dents. Excusez-moi, mon officier; c'était l'amour de la discipline qui me faisait parler.
—Eh! l'homme à la discipline, reprit M. de Villebrais, n'irez-vous point aussi pour l'amour des pistoles où vont ces braves?
Le brigadier, qu'on appelait Burk, boucla son ceinturon, prit sa pique et suivit le lieutenant sans répondre. Il y avait dans la petite troupe que M. de Villebrais conduisit au logement qui lui fut assigné, un Lorrain, deux Wallons, un Franc-Comtois, un Piémontais, deux Suisses, deux Hollandais du pays de Gueldres, et un Bavarois, qui était le brigadier. M. de Villebrais rangea ses nouveaux acolytes autour de lui et les examina attentivement.
—Vous avez, leur dit-il un moment après, une demi-pistole de paye par jour et une pistole entière les jours d'expédition.
—Bravo! dit le Piémontais.