Jacques s'agenouilla entre son frère et sa soeur, et Guillaume posa ses mains tremblantes sur le jeune front de son premier-né. Après qu'il se fut relevé, le père voulut glisser dans la main de Jacques une bourse où brillait de l'or, mais Jacques la lui rendit:
—Gardez cet or, lui dit-il; c'est la dot de Claudine; j'ai des bras, et dans mon havresac cinquante livres que j'ai gagnées.
Le père n'insista pas; mais, tirant de son sein un bijou attaché à un ruban, il le passa au cou de Jacques.
—Le reconnais-tu, Jacques? lui dit-il; c'est le médaillon perdu par l'étranger, il y a cinq ans. Tu l'as bien gagné, garde-le donc; si tu retrouves le gentilhomme auquel il appartient, tu le lui rendras, et peut-être se rappellera-t-il l'hospitalité de notre toit. Embrassons-nous maintenant, et que Dieu te conduise.
Jacques embrassa d'abord Guillaume et Pierre; Claudine était restée un peu en arrière; quand ce fut à son tour, elle sauta au cou de Jacques.
—Je t'embrasse pour moi, d'abord, lui dit-elle tout bas, si bas, que sa voix glissait comme un souffle à l'oreille du voyageur; à présent, c'est pour elle.
Jacques tressaillit.
—Oui, pour elle, reprit sa soeur; elle-même me l'a bien recommandé.
Jacques serra Claudine sur son coeur avec passion au souvenir de Suzanne. Il regarda le ciel, plein d'un courage nouveau, l'oeil brillant d'espoir. Les premières clartés du jour s'épanchaient sur les campagnes humides; à l'horizon flottaient mille vapeurs dorées, et la route se perdait au milieu des solitudes baignées de lumière. Paris était là-bas, derrière cet horizon flamboyant; Suzanne était le prix du triomphe. Jacques s'arracha des bras de Claudine et partit.