Suzanne sentait son coeur se briser. Elle voyait la grâce de Belle-Rose suspendue à sa décision et restait muette.

—Il est à la Bastille! qu'attendez-vous, madame? dit Geneviève.

—M. d'Albergotti est ici, dit Suzanne d'une voix mourante.

—Mais c'est de Belle-Rose qu'il s'agit! Me comprenez-vous? Quoi! tant de malheur sur sa tête et tant d'indifférence dans votre coeur!

Suzanne leva vers le ciel ses yeux remplis de larmes.

—Il vous aime et vous hésitez! reprit Geneviève.

—C'est parce qu'il m'aime que je n'hésite plus! s'écria Suzanne en relevant la tête: il faut que je reste digne de cet amour. Lui-même me repousserait si je quittais cette maison où l'honneur me retient. Si j'étais libre, je serais près de lui; mariée, je reste où est mon mari.

—Voilà donc comme vous l'aimez, ô mon Dieu! s'écria Geneviève, les mains tendues vers le ciel et le regard étincelant; s'il m'avait aimée comme il vous aime, j'aurais tout oublié, moi, tout!

—Chacune a son coeur, dit Suzanne; Dieu nous voit et Dieu nous juge.

—Oh! vous ne l'avez jamais aimé!