IV
L'ESCARMOUCHE
La troupe commandée par M. d'Assonville, capitaine aux chevau-légers, était encore à dix minutes de l'abbaye de Saint-Georges, dont les murailles blanches se dessinaient entre des massifs d'arbres sur la droite du chemin, lorsqu'on entendit des coups de fusil pétiller à une petite distance.
Un paysan qui fuyait sur un méchant bidet apprit à M. d'Assonville qu'une vingtaine de maraudeurs s'étaient présentés à l'abbaye, avaient forcé les portes et ordonné aux religieux de préparer des vivres pour toute la troupe, s'ils ne voulaient pas voir leur maison mise à feu et à sang.
—Qu'a fait l'abbé? demanda le capitaine, dont les yeux s'enflammèrent.
—Dame! reprit le paysan, il a vidé la cave et fait dresser les tables.
—Bien, nous mangerons le dîner après le bal.
—Hum! fit l'autre, m'est avis, mon officier, que bien des danseurs manqueront au festin. Les Hongrois sont nombreux.
—Combien?
—Mais six ou sept cents, tous à cheval et bien armés. Leur chef a fait sonner de la trompette; les bandes dispersées de toutes parts se sont réunies, et, en attendant que le souper soit prêt, elles pilent Anvin.