Le village était en feu et la fusillade éclatait dans la plaine.
M. d'Assonville se dressa sur ses étriers, l'épée à la main. Ce n'était plus le pâle jeune homme au front décoloré. L'éclair brillait dans ses yeux, le sang brûlait sa joue.
—En avant! cria-t-il d'une voix tonnante, et du bout de son épée il montra à ses soldats le village flamboyant. Toute la troupe s'ébranla.
A la vue des Français, les clairons sonnèrent et les ennemis se rangèrent en bataille à quelque distance d'Anvin, aux bords de la Ternoise. Leur troupe était nombreuse et bien montée; mais M. d'Assonville était de ceux qui ne savent pas reculer; il fit mettre pied à terre aux grenadiers et les divisa par pelotons de vingt à vingt-cinq hommes entre ses cavaliers.
—Jouez du fusil comme nous jouerons du sabre, leur dit-il, et nous ferons passer la rivière sans bateau à ces méchants drôles.
Les grenadiers crièrent: Vive le roi! et apprêtèrent leurs armes. Au moment où M. d'Assonville allait donner le signal d'attaquer, un vieil officier lui toucha légèrement le bras.
—Monsieur le comte, lui dit-il, ils sont deux contre un et l'avantage de la position est pour eux.
—Quoi! c'est vous, monsieur du Coudrais, qui comptez l'ennemi!
—Je dois compte au roi, mon maître, de la vie de tous ces braves gens, reprit l'officier en montrant du bout de son épée les soldats impatients. Maintenant ordonnez, et vous verrez si j'hésiterai à me faire tuer.
—Non pas, monsieur, vous triompherez avec vos grenadiers. Ils sont un contre deux! eh bien, nous avons pour nous la vue de ce village qui brûle! Chaque chaumière qui croule crie vengeance. En avant!