—Y a-t-il longtemps que vous la voyez?
—Depuis l'enfance. C'est une sainte personne qui est tout attachée à ses devoirs.
—Mais cette sainteté, reprit Suzanne, l'empêche-t-elle d'aimer autre chose que le ciel?
—Oh! non pas; elle a pour moi une sincère affection; ce matin encore elle pleurait en me voyant si chagrine.
—Que ne vous aide-t-elle donc à sortir d'ici?
—Elle le voudrait bien; mais que peut-elle, vieille et pauvre comme elle est?
—Ah! elle est pauvre? murmura Suzanne.
—Ses deux fils sont dans les ordres et ses deux filles sont à la veille de se marier à des personnes riches qui les aiment pour leurs qualités.
A mesure que Gabrielle parlait, Suzanne sentait s'éveiller en elle d'étranges soupçons; mais elle était d'une nature trop loyale pour vouloir les exprimer; il lui semblait qu'on aurait pu l'accuser de calomnier une personne qu'elle ne connaissait pas.
—Ma tante était auprès de nous quand ma pauvre mère est morte, reprit Gabrielle; et nous l'avons toujours retrouvée à nos côtés chaque fois qu'un malheur a visité notre maison.