—Conte-moi cela.
—Oh! c'est fort simple. A notre premier déjeuner, il m'a montré un petit bout de sa haine contre Belle-Rose; ça m'a fait réfléchir. Au second déjeuner, il m'a juré sur sa parole que si mon capitaine était capitaine, c'était par l'effet de mille scélératesses.
—Le gueux! s'écria la Déroute en appliquant un furieux coup de poing sur la table.
—Au troisième déjeuner, reprit Grippard, il m'a fait serment de tuer
Belle-Rose.
—On verra qui mourra le premier, murmura la Déroute en tourmentant la poignée de sa rapière.
—Au quatrième déjeuner, continua le narrateur, une idée magnifique m'a tout à coup illuminé: je lui ai fait confidence, entre six bouteilles vides et deux verres pleins, que je haïssais Belle-Rose à la mort. Bouletord a failli m'embrasser. Je lui ai conté une histoire terrible d'où mon capitaine est sorti noir comme de l'encre. Il n'y a pas tenu et m'a sauté au cou. «Maréchal, lui ai-je dit, enrôlez-moi dans votre escouade, et nous le tuerons de compagnie.» Bouletord était fort attendri; il m'a serré la main, en jurant sur son âme que j'étais un galant homme. J'ai signé un vilain papier qu'il a tiré de sa poche, et me voilà depuis trois heures archer du roi.
—Eh! eh! ce n'est pas si bête! s'écria la Déroute.
—On a quelquefois l'air sans avoir la chanson, répondit Grippard en se mirant dans le miroir enfumé qui ornait le cabaret.
—C'est un premier succès, répondit la Déroute; te voilà maître des secrets de l'ennemi, et si je pénètre au coeur de la place, nous sommes sûrs de réussir.
—Alors, je vous engage à vous hâter.