—Tenez, continua le comte, sans prendre garde au raisonnement de
Cornélius, je vous en fais juge: il y a une dame du nom d'Albergotti…
—Vous m'avez conté cette histoire, interrompit Cornélius.
—A vous? c'est, ma foi, vrai! Je la raconte à tout le monde, si bien que je ne sais plus moi-même qui l'ignore et qui la sait. Eh bien! mon cher Irlandais, croiriez-vous qu'elle continue à me refuser obstinément?
—En vérité?
—C'est un coeur de roche! j'en suis, ma foi, désespéré, non pas tant pour moi que pour elle; car, vous le savez, une femme qu'on perd c'est du bonheur qu'on gagne.
—Si bien que, dans ce que vous faites, c'est l'amour du prochain qui vous inspire.
—Je crois que l'amour de la prochaine y entre aussi pour quelque chose, mais c'est un point que je cherche à me dissimuler. Un bon gentilhomme qui aime sans être aimé, c'est humiliant.
—Parbleu!
—Cependant, je sors du parloir et ne lui ai rien caché des dangers qu'elle courait. Je crois, sur ma parole, que la statue de saint Benoît se fût attendrie dans sa robe de pierre. Elle a souri et m'a répondu un grand: «Que la volonté de Dieu soit faite!» dont j'ai failli pleurer et dont j'enrage.
—Ah! oui, fit Cornélius, les fameux dangers dont vous nous parliez en
Angleterre: un couvent et un voile!