Belle-Rose et Cornélius avaient quitté de bonne heure l'hôtel de Pomereux et s'étaient travestis de telle sorte que Bouletord lui-même ne les eût pas reconnus, les eût-il regardés en face. Belle-Rose monta jusqu'au grenier après avoir observé les abords de la place. Cornélius était allé à l'auberge du Roi David attendre Grippard. Aussitôt que Belle-Rose eut vu le mouchoir rouge flotter au plus haut du cerisier, il tressaillit et descendit l'escalier quatre à quatre. En trois sauts il gagna la rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel.
—La Déroute agit, dit-il tout bas à l'oreille de Cornélius et de
Grippard, j'ai vu le signal.
—Le mouchoir rouge? s'écria Cornélius vivement.
—Oui.
—La Déroute est un garçon ferme et prudent; il faut que le péril soit imminent.
—Il nous trouvera prêts.
—Tu as entendu, Grippard, c'est pour ce soir, reprit Cornélius.
—Eh bien! nous jouerons du pistolet; la partie n'est pas belle, mais il m'est arrivé d'en gagner de bien mauvaises, dit philosophiquement l'ex-caporal.
Christophe, que l'alerte de la nuit précédente avait rendu plus circonspect en lui apprenant le danger de s'ouvrir aux gens de la maréchaussée, promit de tenir les chevaux sellés et bridés à l'entrée de la nuit dans un lieu qu'on lui désigna proche du couvent, et chacun se prépara à payer de sa personne. Cependant, la Déroute coula dans ses poches deux pistolets dont il était sûr comme de lui-même, et passa sous son habit un poignard qu'il avait eu plus d'une fois l'occasion de manier. Il était un peu pâle et ses sourcils étaient froncés.
—Au demeurant, se dit-il, il faut en finir; le véritable Ambroise Patu peut revenir d'un instant à l'autre; la place n'est plus bonne pour personne.