Les deux gentilhommes et l'officier de fortune tinrent conseil; la terre autour d'eux était foulée par des pieds de chevaux, mais il y en avait tout autant sur la route qui mène à Chantilly que sur celle qui mène à Pontoise. Tandis qu'ils délibéraient, ils entendirent le bruit d'une troupe de cavaliers qui arrivait du côté de Saint-Denis avec la rapidité de la foudre. En un instant cette troupe fut sur eux; c'était Bouletord et ses archers. Tous s'arrêtèrent à la voix de M. de Charny. Les plus habiles restaient embarrassés; la lune se levait à l'horizon, et les deux routes étaient silencieuses et vides. Bouletord allait et venait le nez au vent, grondant comme un tigre.
—Par l'enfer! disait-il, cette fois il faut que j'aie sa vie ou qu'il ait la mienne!
—Ma foi! s'écria M. de Pomereux, si j'étais seul je jouerais la route à croix ou pile, mais nous sommes une vingtaine; que Bouletord et ses gens prennent d'un côté, M. de Charny et moi tirerons de l'autre.
—Maugrebleu! si je le manquais on le tuerait donc pour moi! s'écria le capitaine Bréguiboul.
—Parfaitement, répondit M. de Charny.
On allait partir, quand un mendiant se leva du pied d'une haie derrière laquelle il était couché. C'était un homme de méchante mine, armé d'un lourd bâton et vêtu d'un mauvais manteau troué.
—Vous cherchez quatre cavaliers? dit-il.
—Les as-tu vus? s'écria Bouletord.
—J'ai vu quatre hommes qui passaient comme le vent; deux d'entre eux avaient une femme assise en croupe.
—Ce sont eux! dit M. de Charny.