—Le bal pourrait bien venir après le souper, répondit M. de Charny, à qui il n'était plus rien resté de sa violente colère qu'un léger tremblement dans la voix; mettez-vous en quête d'un cabaret, moi je me rends à Paris.
—Chez mon glorieux cousin, sans doute.
—Chez M. de Louvois, à qui je ferai part du secours que vous m'avez prêté dans toute cette affaire; je ne doute pas qu'il ne vous en témoigne lui-même sa vive satisfaction.
—Parbleu! mon cher monsieur de Charny, je compte assez sur votre amitié pour être assuré que vous serez le premier à m'en apporter la nouvelle.
M. de Charny rangea sa petite troupe et donna le signal du départ. M. de Pomereux, qui avait cette nuit-là une furieuse démangeaison de parler, poussa son cheval auprès de M. de Charny.
—En somme, reprit-il, l'aventure est désastreuse; j'y perds un cheval mort au service du roi: un cheval qui, pour le dévouement, ne le cédait point au chien de Montargis; j'en ai trois ou quatre autres qui sont fourbus; j'y perds encore une femme que j'étais en train d'adorer, et j'ai mes habits tout déchirés en vingt endroits; tout compte fait, c'est un total de sept ou huit infortunes dont vous me voyez marri.
M. de Charny tourmentait la bride de son cheval et se taisait.
—Ma foi, mon bon monsieur de Charny, continua M. de Pomereux, qui prenait goût à la raillerie, je suis très curieux de connaître votre avis sur l'espèce de récompense que M. de Louvois me tient en réserve. Ouvrez-moi votre coeur là-dessus. Que vous semble d'un régiment? J'aime fort l'uniforme des dragons. C'est un corps très à la mode, et je voudrais être M. de Lauzun, rien que pour en avoir eu l'idée… M. de Louvois pourrait bien encore me gratifier d'un gouvernement… Il y a de charmantes villes dans notre beau pays de France… S'il vous touche un mot de Blois, d'Orléans, de Tours ou de Bordeaux, je vous autorise à dire que j'accepte.
—Ne vous mettez point en peine, repartit M. de Charny, la récompense qu'on vous ménage sera telle que vous aurez lieu d'en être surpris.
—Vous croyez! s'écria M. de Pomereux avec une feinte candeur. Il est évident que M. de Louvois, éclairé par vos discours, déploiera toute la générosité qui lui est naturelle. Ma seule crainte est qu'il aille trop loin; ainsi, par exemple, je ne voudrais pas qu'il me comprît dans la prochaine promotion aux ordres de Sa Majesté.