—Oh! dit-elle avec un doux sourire, je ne suis plus la même femme; la duchesse pleine de superbe et de dédain a fait place à la plus humble des religieuses; il me semble que ma vie d'autrefois est un rêve dont il ne m'est resté qu'un souvenir; j'ai noyé tout le reste sous le repentir. Vous le dirai-je, mon ami? j'ai voulu me rendre digne d'avoir été aimée; le Christ, qui a relevé la Madeleine, me pardonnera cette pensée. A présent, je puis mourir, il me semble que nous habiterons le même coin du ciel.
—Vous êtes ma soeur, Geneviève, et une autre vie que vous ne partageriez pas me serait amère, lui dit Belle-Rose.
Geneviève lui pressa la main doucement.
—Vos paroles sont bonnes au coeur, reprit-elle, mais à présent que je me suis confessée, vous disant tout ce qu'il y avait en moi, me permettez-vous bien de vous parler de vous-même?
—Parlez, Geneviève.
—J'ai causé toute la nuit avec Suzanne; c'est une pauvre âme déjà fortement éprouvée; elle s'est ouverte à moi comme une soeur à sa soeur, et je sais quelles douleurs vous ont agités tous deux depuis la soirée de Villejuif. C'est la main de Dieu qui vous a tous conduits ici. Vous y êtes entrés errants et proscrits, vous en sortirez libres et mariés.
Belle-Rose tressaillit à ces mots.
—Si le malheur vous visite, au moins serez-vous deux à le supporter; si le bonheur vous sourit enfin, il vous paraîtra plus doux étant ensemble, ajouta Mme de Châteaufort. Il ne faut pas que vous quittiez cet asile sans qu'un prêtre ait béni votre amour. Deux époux peuvent vivre à l'ombre de cette abbaye; deux amants le pourraient-ils?
—Ce que Suzanne voudra, je le ferai, dit Belle-Rose.
—Suzanne est prête, répondit Geneviève d'une voix émue; dans trois jours vous serez mariés.