—Monsieur de Villebrais, je vous jure que vous n'arriverez à ma soeur qu'après m'avoir passé sur le corps! s'écria Belle-Rose.

—Je ne me battrai pas avec toi et je te ferai pendre, répondit le lieutenant. Eh! cocher, ajouta-t-il, il y a dix louis pour toi si tu aides cette adorable personne à monter en fiacre, et dix autres encore si tu la conduis au cabaret de la Pomme de pin, où j'irai bientôt la rejoindre.

Claudine voulut fuir, mais elle chancela et tomba sur ses genoux.

—C'est fait, dit le cocher en serrant la bourse que sa main caressait.

—Pas encore! s'écria-t-on près de là; et au même instant un inconnu parut sur le chemin.

C'était un beau jeune homme d'une figure franche et décidée, et bien pris dans sa taille. Son costume, sans broderie et sans ruban, lui donnait l'apparence d'un étudiant; mais il avait la mine et l'épée d'un gentilhomme.

—Qu'est-ce à dire? reprit M. de Villebrais, et de quoi vous mêlez-vous?

—J'ai dit ce que j'ai voulu, et je me mêle des affaires des autres quand il me plaît, répondit gravement l'inconnu.

Sur un geste du lieutenant, le cocher, qui hésitait depuis l'intervention inattendue du cavalier, s'avança vers Claudine. Il n'avait pas fait deux pas, que la main de l'inconnu s'appuyait sur son épaule.

—Écoute, lui dit-il: Monsieur que voilà t'a promis dix louis pour conduire mademoiselle aux Porcherons; moi, je te promets cent coups de bâton si tu ne la conduis pas à la métairie que voilà; mais je joindrai mon invitation à celle de monsieur pour te prier de l'aider à monter en fiacre. Comprends-tu?