—Très bien, dit le cocher, qui sentait, à la manière dont la main du cavalier s'était appuyée sur son épaule, qu'il n'y avait pas d'objection à faire à un homme si plein d'éloquence et de vigueur. Une nouvelle conviction venait de pénétrer dans son esprit, et en néophyte zélé il courut ouvrir la portière, voulant, par son empressement, témoigner de la chaleur de sa conversion.

—Entrez, mademoiselle, reprit l'inconnu en présentant la main à Claudine, entrez; je vous réponds des bons sentiments de cet honnête cocher. N'est-ce pas, l'ami?

—C'est trop d'honneur, monsieur, répondit l'autre, qui se frottait l'épaule tout en fermant la portière.

L'intervention de l'étranger avait été si rapide, l'action avait si promptement suivi ses paroles, que M. de Villebrais et Belle-Rose étaient demeurés spectateurs muets de cette scène. Mais au moment où Claudine s'assit dans le fiacre, M. de Villebrais sentit se rallumer toute sa colère. Il fondit sur Belle-Rose l'épée à la main, et lui porta un coup si furieux, qu'il l'aurait transpercé d'outre en outre, si Belle-Rose, au bruit de ses pas, ne se fût jeté de côté. Le fer déchira les habits du sergent et glissa sur l'épaule; mais grâce à la vivacité du mouvement et de la parade, la chair seule fut entamée.

—Vous pratiquez donc aussi l'assassinat, monsieur? dit l'étranger, tandis que le cocher poussait les chevaux dans la direction de la métairie avec une ardeur sans pareille.

M. de Villebrais pâlit à cet outrage.

—En garde! monsieur, s'écria-t-il d'une voix étranglée par la fureur; et il s'élança vers l'inconnu.

—Vous m'oubliez, je crois! dit Belle-Rose; et d'un bond il tomba entre le lieutenant et l'étranger.

—Si votre adversaire voulait me céder son tour, reprit celui-ci sans même toucher à la garde de son épée, je consentirais bien à vous faire l'honneur de me mesurer avec vous, monsieur; mais je vous ferai observer que vous lui devez la préférence.

—Me battre avec un manant, jamais!