—Ce monsieur trouve le pays charmant, et de grand cœur il y passera sa vie avec vous. Est-ce dit? J'ai juré de ne plus remettre les pieds dans Paris.... Vous êtes d'une humeur qui me plaît, et je suis fait aux manières du bonhomme Morand. Si ça vous va, donnez-moi la main.
—Dame! répondit Louise, la chose pourrait certainement s'arranger.... mais il y a Roger.
—Quel Roger?
—Un beau garçon qui m'aimait beaucoup et à qui je le rendais un peu.... Il est parti.
—Ah! et où est-il?
—Si loin, que ce n'est pas lui qui dansera à la noce! Ce Roger, un beau et brave garçon, soit dit sans vous fâcher, compère, était capitaine au long cours. Le premier navire qu'il a commandé a péri, le second tout de même. C'est en Amérique qu'il a fait naufrage.
—Bon! il est mort.
—Pauvre Roger! que c'est méchant!... Les dernières nouvelles que nous en avons eues étaient datées de la Havane. Depuis lors il ne nous a plus écrit. Je crois bien qu'il m'a oubliée.
—Et vous? reprit Pierre d'une voix un peu tremblante; y pensez-vous toujours, et ne vous consolerez-vous pas de l'avoir perdu?
—J'y pense comme à un ami qu'on regrette de ne plus voir. Quant à ne jamais me consoler, c'est beaucoup dire. —Cela étant, je ne vois rien qui s'oppose à notre mariage.