«Épouser une fille contre son gré! dit Pierre: quel diable de cœur me croit-on?»

Quand il quitta le Buisson, Louise avait les yeux rouges. «Bon! dit-il, vous allez voir que ce sera à moi de vous consoler!»

Le lendemain, il se promena de tous côtés jusqu'à ce qu'il eût rencontré Roger.

«Ma foi, monsieur, puisque le hasard nous a conduits l'un vers l'autre, dit-il, vous plaît-il que nous causions cinq minutes?»

Roger y consentit de grand cœur. En le cherchant, Pierre n'avait pas de projet bien déterminé. Il était poussé par une sorte d'instinct. Selon que l'entretien tournerait, il voulait lui offrir de se battre au pistolet à dix pas pour en finir, ou de partir sur un beau trois-mâts dont il le prierait d'accepter la cargaison.

M. de Villerglé avait passé deux ans au collége de Caen en compagnie de Roger: il le reconnut au premier coup d'œil. Il avait devant lui un jeune homme blond, de bonne mine, qui avait l'air doux et triste.

«Ah! c'est vous! dit-il; c'est étonnant que ce nom de Roger ne m'ait rien rappelé! Il paraît donc que vous aimez Louise?

—Pourquoi me parler d'une chose qui ne peut me mener à rien? répondit Roger. J'imagine que vous êtes assez généreux, tout le bonheur étant à vous, pour ne pas vous railler de mon chagrin.

—Dieu m'en garde! j'aime trop Mlle Morand pour ne pas comprendre tout ce que vous devez éprouver.»

Pierre alluma un cigare et prit un sentier qui menait sur les dunes. Il aspirait violemment la fumée et donnait de grands coups de talon dans le sable.