—Qu'est-ce?» demanda Louise.
Mais Pierre ne l'écoutait pas. Il prit son chapeau et sortit en courant. «Demain, vous aurez de mes nouvelles,» dit-il. Aussitôt qu'il fut à la Capucine, il donna ordre à Baptiste de préparer sa voiture et d'y mettre sa malle.
«Au point du jour nous partons,» dit-il.
Au moment où Pierre quitta le Buisson, Louise ramassa le journal qu'il avait laissé tomber. Roger le parcourut. «Je n'y vois rien,» dit-il.
Louise, qui lisait par-dessus son épaule, soupira et posa le doigt sur un passage du journal où l'on rendait compte d'un combat qui avait eu lieu en Afrique. «Ah! dit-elle, si j'en crois mes pressentiments, nous ne verrons pas M. de Villerglé de longtemps.»
Le lendemain, au petit jour, poussée par un instinct secret, elle courut vers la Capucine. Il faisait un froid vif, et le brouillard couvrait la campagne. Au travers de la brume, elle entendit le roulement d'une voiture qui fuyait sur la route de Trouville. Elle voulut s'élancer dans cette direction, mais la voiture passa rapidement sans que personne reconnût Louise. Elle étendit les bras et resta appuyée contre un arbre le cœur serré. «Il est parti, et il ne m'a pas embrassée!» dit-elle.
C'était bien en effet la voiture de M. de Villerglé. Quand il fut parvenu au sommet de cette côte d'où la vue s'étend sur la vallée d'Auge et découvre un vaste et beau paysage que la mer borne à l'horizon, Pierre fit arrêter le postillon et descendit. Le vent avait chassé le brouillard, on voyait au loin la tour de Dives, et la rivière qui brillait aux rayons du soleil levant; une maison blanche se montrait derrière un bouquet d'arbres d'où s'échappait un mince filet de fumée. Ses yeux se mouillèrent en la regardant. Il resta quelques minutes à cette place, jetant les yeux de tous côtés et les ramenant toujours vers cette maison où si souvent Louise l'avait attendu. On aurait dit qu'il en voulait emporter l'image dans son cœur. Le postillon fit claquer son fouet, et les chevaux battirent du pied. Ce bruit arracha Pierre à sa muette et longue contemplation. Il sauta dans la voiture. «En route!» dit-il brusquement. Les chevaux partirent, et, un moment après, un coude du chemin lui cacha la maison et la mer.
A quelque temps de là, un soir, à la Capucine, où elle s'était établie avec Roger, Louise reçut une lettre timbrée de Constantine.
«Une lettre de Pierre!» dit-elle en battant des mains.
Elle l'ouvrit à la hâte, et voici ce qu'elle lut: