«Vous n'avez plus froid; peut-être avez-vous faim; voulez-vous déjeuner?» dit-elle.
M. de Francalin donna un coup d'œil à son costume, puis la regarda.
«Oh! à la campagne!» reprit-elle avec un joli mouvement d'épaules.
La connaissance était faite; Georges accepta. Comme il suivait Mme Rose dans une pièce voisine où le couvert était dressé, Canada se pencha à son oreille.
«Eh bien! dit-il, trouvez-vous toujours qu'elle soit jolie?
—C'est vrai, répondit Georges; jolie n'est pas le mot: elle a je ne sais quoi qui n'est pas cela et qui est mieux que cela.
—Tiens, dit Canada, elle a son cœur dans les yeux.»
II
C'était la première fois que Georges voyait Mme Rose, et maintenant qu'il l'avait regardée, il s'expliquait très-nettement le sentiment bizarre de Canada. On ne pouvait pas dire de Mme Rose qu'elle eût une taille de déesse, la chevelure de Cypris, un profil de camée, et toutes ces perfections que les poëtes accordent volontiers à leurs divinités. Était-elle belle? était-elle jolie? on ne le savait pas. Elle séduisait par un charme singulier qui était en elle et qui vous enveloppait doucement comme la chaleur pénétrante d'un foyer où brille un feu clair. Ce charme ne provenait ni de la pureté de ses traits, qui n'étaient pas d'une extrême régularité, ni de la grandeur et de l'éclat de ses yeux, qu'on pouvait voir sans en être ébloui: il provenait de l'harmonie, ce don si rare et si précieux. Il était impossible de désirer qu'elle eût le nez plus fin ou la bouche plus petite: il semblait que chacun de ses traits fût précisément ce qu'il devait être, et qu'on les avait faits exprès pour elle; le son de la voix répondait à l'expression du regard; le sourire était bien tel qu'on l'espérait de ses lèvres, et, quand on l'avait quittée, on ne pensait pas qu'elle pût être mieux ou autrement qu'on ne l'avait vue.