Elle se leva et s'approcha du canot.

«Voyons, reprit-elle, donnez-moi la main pour que je saute dans cette coquille de noix.»

Mme Rose portait ce jour-là une robe de drap bleu, un grand camail et un chapeau rond de feutre gris à larges bords; l'animation de la marche et le grand air avaient coloré son teint: les boucles de ses cheveux tombaient le long de ses joues et sur son cou. Elle était charmante.

«Vous êtes donc venu me voir? reprit-elle en caressant de la main Tambour, qui frottait familièrement sa tête contre la jupe de drap bleu.

—Je vous dois bien cela pour le déjeuner que vous m'avez donné, répondit Georges gaiement.

—Il était un peu maigre pour un homme qui sort de l'eau; aussi ne me prendrez-vous plus au dépourvu, et, s'il vous plaît encore de sauter dans la rivière, au moins trouverez-vous des côtelettes.

—Prenez le gouvernail, dit Canada à M. de Francalin; moi je ramerai.»

Georges prit place à l'arrière, et Mme Rose s'assit auprès de lui.

«Je vous remercie d'avoir poussé jusqu'aux tirés, dit-elle alors; la présence de votre canot me prouve que vous ne faisiez pas, en remontant à Herblay, une simple visite de politesse. Ce que vous avez fait hier m'a donné de vous une bonne opinion, et j'aurais été fâchée de ne plus vous revoir.»

Tout cela était dit avec un air de simplicité et de bonne humeur qui surprenait Georges et le charmait. Il regardait les yeux brillants et doux de sa compagne, et il se demandait quel mystère enveloppait cette florissante vie et retenait tant de séduction dans la solitude d'Herblay.