Il ne put aller plus loin, et s'arrêta court.
«Parce que vous m'aimez!» poursuivit Mme Rose.
Georges tressaillit à ce mot.
«Est-ce bien cela, et me démentirez-vous? reprit-elle avec émotion.
—Non,» répondit Georges, qui ne ricanait plus.
Mme Rose s'appuya doucement sur son bras. «Écoutez-moi, reprit-elle, et, au risque de vous faire de la peine, laissez-moi tout vous dire. Ce mariage qu'on vous propose, il ne faut pas le refuser. Pourquoi me sacrifier votre avenir et m'offrir un dévouement que je ne puis pas récompenser?»
Georges vit bien, à l'air de Mme Rose, que l'entretien était sérieux. Il n'y avait en elle ni colère ni dépit, bien moins encore de coquetterie. Il en fut tout bouleversé.
«Mais, dit-il, que vous importe que je me marie?... Pourquoi m'y contraindre?... Je ne vous demande rien, et suis heureux comme cela.
—Croyez-vous que je ne souffre pas du chagrin que je vous fais? Mais tout m'y force, reprit-elle. Bien plus même, quelles que soient vos résolutions à l'égard de ce mariage, il faudra que vous quittiez la Maison-Blanche.... Vous tressaillez, mon ami? Si vous ne partiez pas, c'est moi qui partirais. Vous m'estimez assez pour que je vous parle franchement. Cette solitude où nous vivons est dangereuse pour tous deux. Croyez-vous donc que je n'aie pas tout compris depuis longtemps? Le jour où vous m'avez engagée à déjeuner, je savais si bien que vous m'aimiez, que je suis allée seule à la Maison-Blanche, sans vouloir que Gertrude m'accompagnât. Qu'avais-je à craindre auprès de vous?»
Ce mot, qui mettait Mme Rose à des hauteurs où le désir ne pouvait atteindre, toucha M. de Francalin. Il prit la main de sa compagne et la porta à ses lèvres avec un mouvement où la tendresse se mêlait au respect.