Toute la feinte gaieté du comte était tombée. Il se promenait par la chambre inquiet et le regard fiévreux; mais à la voix de sa femme il s'arrêta court, et avec la courtoisie d'un gentilhomme il s'inclina devant elle.
«Parlez, dit-il.
—Vous pouvez partir, reprit-elle, et changer contre le repos cette vie d'angoisse et d'agitation.... Vous pouvez assurer ma tranquillité, et je vous la demande.... Ce que j'ai suffira amplement à tous nos besoins; ce sera comme une nouvelle existence que vous commencerez, et peut-être y trouverez-vous plus de douceur que vous ne le pensez. Essayez de la patience et de l'isolement. Il est digne de votre courage de le tenter.»
Mme Rose parlait avec une singulière animation. Elle avait cette éloquence que donnent la conviction et le dévouement; tout suppliait en elle, le regard, la voix, l'accent, et ce rayonnement des traits qu'aucune expression ne peut rendre. Le visage de M. de Réthel s'attendrit.
«Mais pour partir, encore faut-il un passe-port, dit-il. Qui me le procurera?
—Moi,» dit Georges.
Le comte lui tendit la main.
«Je cède,» dit-il noblement.
Georges ne perdit pas une minute. Il avait cru remarquer qu'une vague ressemblance existait entre Valentin et M. de Réthel; s'il obtenait du comte le sacrifice de ses longues moustaches, cette ressemblance devenait presque réelle. Il courut chez son ami, et l'emmena à la préfecture de police sans lui laisser le temps de respirer.
«Çà, lui dit-il, tandis que la voiture roulait sur le quai, tu vas prendre un passe-port pour Bruxelles.