—Si bien que, si le hasard ne m'avait pas conduit de ce côté, jamais je n'aurais eu de vos nouvelles?

—C'est votre faute; pourquoi ne m'avez-vous pas reconnue l'autre jour à l'église? J'avais une robe neuve, et j'ai toussé en passant près de vous.

—Oh! je laisse une petite fille, et je retrouve une femme. Tout le monde tousse, et la robe n'est pas un signalement.

—Tiens! c'est un écolier qui part, et c'est un millionnaire qui revient. Pouvais-je me jeter à votre tête?»

Louise avait réplique à tout.

«Bon! j'ai tort, répliqua M. de Villerglé; me pardonnerez-vous?

—C'est déjà fait, dit Louise. Et maintenant que la paix est signée, parlons de nos affaires. Quelqu'un qui vous a vu autrefois à Paris m'a dit que vous aviez un bel uniforme. Vous n'êtes donc plus officier?»

Pierre raconta en quelques mots sa vie. Quant à l'histoire de Louise, elle n'était ni bien longue ni bien accidentée. Son père, professeur de rhétorique au collége de Caen, avait quitté l'enseignement depuis quelques années, et s'était retiré à Dives, où il vivait du produit d'une petite métairie et de quelques économies qu'il avait faites pendant sa laborieuse carrière. Il avait la goutte, et passait la meilleure partie de son temps à traduire de vieux auteurs latins qu'ils avait traduits cent fois. Louise prenait soin de la maison, et faisait de la musique à ses moments perdus.

«Il me semble que vous ne jouez pas mal du piano, dit Pierre.

—Bah! répliqua-t-elle, j'ai les doigts rouillés par l'aiguille et le dé.»