Elle essuya une larme du bout de ses doigts, et se mit à me questionner avec une bonté qui me touchait. Tout en parlant, elle roulait des bandes autour de mon pied. Je l'aurais embrassée de bon coeur.

—Vous n'avez pas dîné? reprit-elle doucement.

Je secouai la tête.

—Eh bien! descendez avec moi, la table est assez grande pour vous recevoir tous.

—Laissez-moi vous remercier et permettez-moi de refuser.

—Pourquoi?

—Et la discipline? et la hiérarchie militaire? Il n'y a pas un pauvre galon de laine sur la manche de ma veste et vous voulez que je m'asseoie à côté des galons d'or. Jamais! Les officiers de zouaves qui me connaissent y consentiraient certainement,—il y a entre les hommes du régiment et dans le malheur commun qui nous frappe une sorte de camaraderie qui a fait presque le niveau,—mais vous avez chez vous des officiers d'artillerie et ceux-là trouveraient déplacée la présence d'un soldat à leur table.

—Je n'insiste pas. Je veux cependant que vous ne manquiez de rien.

—Laissez faire le fantassin; il se débrouillera.

Le pansement était achevé. J'en éprouvai un soulagement subit. Que bénies soient les mains qui m'ont touché! La souffrance éteinte, les choses m'apparurent sous un aspect moins triste. Il y avait encore du bon dans la vie. L'appétit se réveilla, et avec cet appétit la volonté de m'évader.—Dînons d'abord, me dis-je, après quoi je songerai à mon projet.