Déjà ragaillardi, je descendis à la cuisine où j'aperçus une fille maigre qui se démenait devant un grand feu. La broche tournait, les casseroles pleines jusqu'au bord mijotaient sur les fourneaux; il se dégageait de tout cela une odeur qui me montait aux narines.
—Il y aura bien ici un coin pour moi? lui dis-je.
—Je crois bien! cria la fille.
Et de ses mains agiles elle eut bientôt fait de dresser mon couvert sur le coin d'une nappe de toile bise fort propre; plongeant alors la louche d'étain dans la marmite où fumait le pot-au-feu, elle remplit mon assiette jusqu'au bord.
—Avalez-moi ça d'abord… après vous me direz des nouvelles du reste.
Jamais je n'ai mieux dîné; mon appétit attendrissait la bonne fille.—Faut-il qu'il ait jeûné, bon Dieu! répétait-elle entre ses dents.
—Écoutez donc! deux poignées de son délayé dans de l'eau… et de l'eau où croupissaient des morts!
—C'est une pitié!… et ce sont des chrétiens qui permettent ça!
—Des chrétiens à leur manière.
Elle se mit à rire, puis à pleurer, et s'essuyant les yeux avec le coin de son tablier d'un air de tristesse:—A quoi ça sert-il la guerre? me dit-elle.