[ [25] Les sauvages.

[ [26] Les blancs.

[ [27] Eaux-de-vie.

—Enfin, je veux bien que vos pères aient dit la vérité, Whip-Poor-Will; mais les Mandanes[28] racontent la chose différemment. Toute la nation des Peaux-rouges, disent-ils, habitait un village souterrain, auprès d'un grand lac. Une vigne étendait ses racines jusqu'à leur demeure et leur laissait apercevoir le jour. Quelques-uns des plus hardis grimpèrent au haut de la vigne et furent charmés de voir une terre riche en fruits de toute espèce. De retour au village, ils firent goûter à leurs amis les raisins qu'ils avaient cueillis, et tout le monde en fut si enchanté qu'on résolut de quitter cette demeure sombre pour la belle contrée d'en haut: chasseurs, squaws et papouses, tous montèrent le long du ceps; quand la moitié de la peuplade fut arrivée sur la terre que nous habitons, une grosse squaw, en voulant faire comme les autres cassa la vigne par son poids, et priva ainsi le reste de la nation de la clarté du soleil… Mais dis-moi, Whip-Poor-Will, que vous ont transmis vos pères sur la première apparition des Anglais en Amérique?

[ [28] Mandanes, tribu sauvage de l'Amérique septentrionale.

—Quand les frères de Miquon[29] arrivèrent ici dans de grosses cabanes qui vont sur l'eau, et qui ont des ailes, ils étaient en petit nombre et bien pauvres; ils nous demandèrent d'abord un peu de terre pour cultiver le riz et le tabac. On leur en donna… Plus tard, ils nous en demandèrent encore, et nous offrirent, en retour, des étoffes… Nous consentîmes à faire un échange avec eux…

[ [29] Guillaume Penn.

—Très bien, Natchez, très bien; mais les Anglais reprochent aux Peaux-rouges d'avoir voulu reprendre leurs terres, une fois les étoffes usées, et l'eau-de-feu consommée…

—Les Peaux-rouges s'aperçurent qu'on les avait trompés; ils brisèrent le calumet de paix, et déterrèrent le tomahawck[39] pour combattre leurs persécuteurs. Le monde est grand; pourquoi les hommes blancs et les hommes rouges se font-ils la guerre? Où est le village des Natchez?… Les bois y sont, mais il n'y a plus de wigwhams[40]; le feu a effacé de la terre les traces de mon peuple; mes yeux ne peuvent plus les voir!… Cependant la main du Grand-Esprit avait placé nos pères dans une terre fertile!… Daniel, on ne peut dire le jour où je serai couché sur la mousse comme une branche desséchée; mes ossements blanchiront, peut-être, sous la voûte de quelque forêt; les feuilles tomberont et couvriront mon corps, car mon peuple est dispersé comme le sable que le vent balaie devant lui!… Daniel, ne vois-tu pas comme les visages-pâles multiplient sur les bords de nos grandes rivières?… La terre d'où ils viennent est donc une mauvaise terre?… sans soleil, peut-être, sans lune, sans gibier?… Les prairies du Point du Jour[41] ne nourrissent donc pas de daims?… Le Grand-Esprit les en a-t-il chassés? Sans cela, pourquoi les visages-pâles auraient-ils abandonné leurs wigwhams et les ossements de leurs pères?… Ils quittent leur soleil sans savoir s'ils en trouveront là où ils vont…

[ [39] Le Calumet est une pipe indienne longue de quatre pieds: en temps de guerre, on l'orne d'un mélange particulier de plumes; l'envoyé ou l'ambassadeur qui le porte jouit de la plus parfaite sécurité en pays ennemi; à la vue du calumet les haines et les vengeances se taisent. On le revêt de plumes rouges en temps de guerre.