Ah! puisses-tu le porter jusque chez vous, jusqu'à la terre des Burgundes.
Der Niebelungen.
La pirogue[19] glissait rapidement sous les vigoureux efforts du jeune sauvage habile à manier la pagaye. Les deux amis reprirent leur conversation un moment interrompue…
[ [19] Pirogue, canot indien.
(N. de l'Aut.)
—D'accord, Whip-Poor-Will;—dit le vieillard qui connaissait le penchant du Natchez à lui communiquer ses idées dans les circonstances importantes.—Ce que tu me disais tout à l'heure peut être vrai; il est possible que le monde que nous habitons soit porté par une tortue; mais vos pères ne vous disent pas comment les hommes y vivaient; les nôtres nous apprennent que le premier homme et la première squaw (femme) avaient été placés par leur créateur, dans une prairie délicieuse, où il y avait toutes sortes de fruits, mais il leur avait défendu de manger de ceux du pommier qui s'y trouvait; cependant la squaw en mangea, et en fit manger au chasseur; alors le Grand-Esprit, irrité, les renvoya du jardin…
—Il fit bien, Daniel;—dit le Natchez.
—Voilà l'histoire telle que nos ancêtres nous l'ont apprise; mais dis-moi, Whip-Poor-Will, comment vivaient vos pères, autrefois.
Le Natchez se disposa à répondre à cette demande d'une manière satisfaisante; pendant quelques minutes il dirigea le canot en gardant un profond silence, et les yeux baissés, comme pour recueillir ses idées; tirant ensuite la pagaye hors de l'eau, il la déposa à ses côtés dans la pirogue, et jeta un regard sur la rive pour s'assurer s'ils ne couraient aucun danger; il alluma ensuite son opwâgun (pipe) le présenta au vieillard, et lui dit:
—Daniel, donne-moi ta main, et fume dans mon opwâgun pendant que je te raconterai ce que nous ont appris nos pères; cet opwâgun est celui d'un jeune guerrier; il t'inspirera de bonnes pensées.