[Note 720: ][(retour) ] Antæ Sclavenorum accolæ, transito Istro, in Romanorum fines cum magno exercitu irruperunt. Germanus recens ab Imperatore creatus magister militum totius Thraciæ, inito cum hostium copiis prælio, vi illas profligavit, et fere ad internecionem cecidit... Procop., Bell. Goth., III, 40.
[Note 721: ][(retour) ] Chilbudium imperator... militari Thraciæ magisterio ornatum, Istri fluminis custodiæ præfecit, atque operam dare jussit, ut amnis transitu Barbari in posterum prohiberentur. Post annos tres... duro certamine inito, Romani multi cecidere, atque in his militum magister Chilbudius. Procop., Bell. Goth., III, 14.
[Note 722: ][(retour) ] Constantiam, Acum et Godilam fugientes, soco velut reste interceperunt Godilas soco sicæ opera rescisso effugit, Constantius autem una cum Acum vivus comprehensus est. Theophan., Chronogr., p. 184.
[Note 723: ][(retour) ] Acum patria Hunnus, quem e sacro fonte suscepit Imperator. Thsophan., ibid.
Les Barbares avaient bien choisi le moment pour tenter une attaque sur le nord de l'empire, dont toutes les troupes étaient engagées en Italie. Le sort même de Bélisaire, bloqué dans les murs de Rome, put sembler quelque temps compromis; c'est ce qu'avaient pensé les Franks, qui de l'alliance des Romains venaient de passer à celle des Goths moyennant la cession de la province narbonnaise[724]. Présentant à tous les peuples germains la cause des Goths comme celle de la Germanie elle-même, ils les excitaient à prendre les armes, espérant créer une forte diversion du côté du Danube. Les Germains, à leur tour, ne manquèrent pas de stimuler les populations de race différente qui étaient voisines du fleuve. Ce fut probablement par suite de ces provocations que les Antes, les Bulgares et les Huns repassèrent leurs limites en 538. Ne trouvant point d'obstacles à leur marche, ils s'éparpillèrent dans toutes les directions. Trente-deux châteaux forcés en Illyrie, la Chersonèse de Thrace envahie, la côte de l'Asie Mineure dévastée par une bande qui franchit l'Hellespont entre Sestos et Abydos, furent les événements désastreux de cette guerre[725]. Une autre bande gui s'avança, jusqu'aux Thermopyles, trouvant le passage fermé d'une muraille, tourna le défilé par les sentiers de l'Œta, et, se jetant sur l'Achaïe, la ravagea jusqu'au golfe de Corinthe[726]. Comme une inondation se retire des ruines qu'elle a faites, les Barbares regagnèrent ensuite leur pays, repus de carnage, chargés de dépouilles, et maîtres de cent vingt mille prisonniers romains qui étaient pour eux un butin vivant[727].
[Note 724: ][(retour) ] Procop., Bell. Goth., I, 13.
[Note 725: ][(retour) ] Ab Ionio sinu ad ipsa Bysantii suburbia, continenti cursu, omnia populati, Barbari castella in Illyrico XXXII ceperunt... Procop., Bell. Pers., II, 4; Ædific., IV, 11.--Marcellin. Com., Chron., ad ann., 538.--Jorn., Temp., Succ.--Theophan., Chronogr., p. 185.
[Note 726: ][(retour) ] Cum ad Thermopylas manum oppugnandis mœnibus admovissent, a custodibus fortissime repulsi, dum viarum aufractus explorant, præter opinionem invenere tramitem quo in montem illic eminentem evaditur. Procop., Bell. Pers., II, 4.
[Note 727: ][(retour) ] Cum opulenta præda captivorumque centum ac viginti millibus domum, obsistente nemine, remigrarunt. Procop., loc. cit.
Justinien désespéré reprit alors le grand travail de défense auquel il avait coopéré sous le règne de son oncle, et que d'autres besoins lui avaient fait suspendre. Il le reprit avec une activité que rien ne ralentit plus. Ce fut une œuvre prodigieuse qui embrassa non-seulement la rive droite du Danube, et l'intérieur des provinces de Scythie, de Mésie, de Dardanie et de Thrace, mais, au delà du fleuve, tous les points importants de la rive gauche qui avaient été abandonnés depuis deux siècles. Singidon, Viminacium, Bononia, Ratiaria, Noves, en un mot toutes les grandes places de la Haute et de la Basse-Mésie sortirent de leurs ruines; toutes furent réparées, beaucoup furent agrandies: de simples châteaux devinrent des villes, des tours se transformèrent en citadelles, suivant les besoins de la situation. Sur la rive gauche, les forts de Constantin et de Maxence furent réoccupés, et la tour qui servait jadis de tête au pont de Trajan du côté des Barbares, relevée sous le nom de tour Théodora, domina de nouveau les gorges du fleuve[728]. La petite Scythie, route ordinaire des incursions nomades, reçut de nombreux ouvrages de défense, tant sur le fleuve que sur la mer. Il s'y trouvait de vieux châteaux démantelés dont les Slaves avaient fait leurs repaires[729]; on en délogea ces brigands pour y replacer des garnisons romaines. Enfin dans l'intérieur du pays, entre le Danube et l'Hémus, Justinien fortifia tout ce qui était susceptible de l'être. Il fit construire aussi çà et là de grandes enceintes crénelées propres à recevoir, en cas d'invasion, les paysans avec leurs familles et leurs meubles.