[Note 713: ][(retour) ] Erat Justinianus imperator tereti facie; pectorosus, candidus, recalvaster, rotundis oculis, formosus, florido aspectu, subridens; subcano capite, mento rasus ritu Romanorum, naso justo... Chron. Pasch., p. 375.--Corpore neque procero fuit, neque pusillo nimis, sed quo staturam justam non excederet... cui et aures subinde agitarentur. Procop., Hist. arcan., 8.

[Note 714: ][(retour) ] Sæpe unum atque alterum diem noctemque cibo abstinuit, præsertim ejus festi pervigiliis, quod Pascha dicimus, quandoque biduum brevi aqua, et agresti olere victitans... Procop., Hist. arcan., 13.--Justinian., Novell., 8, 30.

[Note 715: ][(retour) ] Horam somno indulgens, reliquum tempus continuis terebat deambulationibus. Procop. ibid.--Et non in vano vigilias ducimus, sed in hujus modi eas expendimus consilia, pernoctantes, et noctibus sub æqualitate dierum utentes. Justinian., Novell., 8.

[Note 716: ][(retour) ] Dirum et furiale caput is videbatur qui nunquam potus, cibi, vel somni expletus satietate... intempesta nocte regiam obambulabat... Procop., Hist. arcan., 14.

A peine sur le trône, il commença ce grand ouvrage de législation qui subsiste depuis tant de siècles, et sert de fanal aux législateurs des peuples modernes à mesure que ceux-ci se dégagent des ténèbres du moyen âge. La conception d'un Code unitaire se liait dans son esprit à la reconstruction du monde romain, dont il colligeait, éclaircissait, simplifiait les lois en les adaptant au changement des mœurs; puis il confia aux armes le soin de créer cet empire à qui il avait préparé un Code.

Si l'on veut bien comprendre Justinien, il faut le saisir à ce moment solennel où il jette son pays dans la plus héroïque et la plus imprévue des entreprises, la guerre d'Afrique contre les Vandales, que devait suivre celle d'Italie contre les Goths, puis une troisième qu'il méditait en Espagne, et peut-être une quatrième en Gaule, partout enfin où des dominations barbares s'étaient assises sur les dépouilles de Rome. Il n'avait point d'armée: il s'en fait une en portant d'abord la guerre en Perse, où il dicte la paix, et de cette campagne sortent des généraux capables de tout oser et de tout accomplir, Bélisaire, Narsès et Germain. Quand il entretient son conseil privé de ses projets sur l'Afrique, il ne rencontre qu'étonnement, incrédulité et terreur. Ses ministres les plus complaisants croient lui rendre service en le combattant. On s'était habitué à considérer l'Afrique comme perdue et les Vandales comme invincibles; on ne savait plus trop bien ce qu'était cette ancienne province de l'empire, avec laquelle les rapports même commerciaux étaient à peu près rompus, puisque le préfet du prétoire soutint dans le conseil qu'il faudrait plus d'un an pour pouvoir envoyer un ordre aux armées et en recevoir la réponse. Les soldats, qui se rappellent peut-être Charybde et Scylla, s'effraient d'une campagne de mer, et le peuple murmure à l'idée d'une augmentation d'impôts[717]. Resté seul de son avis, Justinien commençait à douter de lui-même, quand la religion le raffermit. Un évêque arrivé du fond de l'Orient à Constantinople, lui demande audience et lui parle en ces termes: «Prince, Dieu qui révèle quelquefois par des songes sa volonté à ses serviteurs, m'envoie ici, pour te réprimander[718]: «Justinien, m'a-t-il dit, hésite à délivrer mon Église du joug des Vandales, ces impies ariens. Que craint-il? Ne sait-il pas que je combattrai pour lui? Qu'il prenne les armes, et je le ferai maître de toute l'Afrique![719]» Justinien crut avec bonheur à ce songe, qui répondait à sa pensée: l'instinct religieux lui rend la foi politique, et, sous cette double illumination, il ouvre la série des rapides et brillantes campagnes où l'on vit Constantinople délivrer Rome et reconquérir Carthage. Le reste des projets qu'avait pu concevoir Justinien demandait plus que la vie d'un homme, et malheureusement il n'eut pas de successeur. On a dit, pour rabaisser sa gloire, qu'il devait ses victoires à ses généraux; mais l'idée et la direction de la guerre, à qui les dut-il sinon à lui-même? Son règne donna à l'empire quatre généraux comparables à ceux des beaux temps de Rome, Bélisaire, Narsès et les deux Germain: pareille bonne fortune n'arrive jamais qu'aux grands rois.

[Note 717: ][(retour) ] Procop., Bell. Vand., I, 10, XI, 24; Ædif., VI, 4.--Theophan., Chronogr., p. 160.

[Note 718: ][(retour) ] Quidam Orientis episcopus alas et animos addidit imperatori, somnium sibi a Deo immissum asserens... Theophan., Chronogr., p. 161.

[Note 719: ][(retour) ] Cum ipso enim militabo, et Libyæ dominum constituam. Theophan., ibid.

Les barbares de la Slavie et de la Hunnie, qui n'avaient point remué pendant tout le règne de Justin, reparurent dès qu'il fut mort, comme pour sonder le nouvel empereur. Choisissant toujours l'hiver pour franchir le Danube, ils s'élancèrent dans la petite Scythie, et déjà ils menaçaient la Thrace quand Germain les défit dans une grande bataille[720]. Trois ans après, ce fut le tour des Slovènes, que le maître des milices de Thrace, Khilbudius, rejeta sur la rive gauche du Danube, puis au delà des Carpathes, et il leur fit une rude guerre au milieu de leurs villages; mais il périt pendant une marche imprudente, où il se laissa envelopper. Khilbudius était Slave d'origine et excellent pour les guerres qui se faisaient sur le Danube; sa mort parut aux Barbares un vrai triomphe et leur rendit toute leur audace[721]. Les Bulgares ne tardèrent pas à se remettre de la partie; ce fut encore la même émulation de pillage et de cruautés. Un jour que les Bulgares battus par les Romains regagnaient à toute bride le Danube, les légions, revenant joyeuses à leur camp sans beaucoup d'ordre et de prudence, tombèrent dans une division bulgare que l'on supposait, fort loin. Les Romains surpris commencèrent à se débander, et furent bientôt en pleine déroute. Au milieu de ce désordre, les cavaliers ennemis, pénétrant dans les rangs des fuyards, faisaient la chasse aux officiers, les enlevant avec leurs filets pour en avoir plus tard rançon. Ils jetèrent ainsi leurs lacs sur les trois commandants de l'armée romaine qu'ils réussirent à emmaillotter: c'étaient Constantius, Godilas et Acum[722]. Godilas, encore libre d'une main, trancha les mailles du filet avec son poignard et s'échappa; les deux autres furent pris. Constantius se racheta au prix de mille pièces d'or; mais Acum fut emmené en esclavage. Il était Hun, originaire des colonies mésiennes et converti au christianisme[723]: l'empereur lui-même l'avait tenu sur les fonts de baptême. Peut-être ces circonstances bien connues des Bulgares à cause du grade élevé d'Acum attirèrent-elles sur lui un traitement plus rigoureux. Sept ans de tranquillité succédèrent à ces brigandages; puis la guerre recommença en 538, mais plus sérieusement cette fois.