[Note 43: ][(retour) ] Philostorg., II, 5.--Quis hoc crederet ut barbara Gothorum lingua hebraïcam quæreret veritatem?... Hieronym., Epist. ad Sun., t. II, p. 626.--Socrat., IV, 33.--Sozom., VI, 37.--Jornand, R. Get., 51.

[Note 44: ][(retour) ] In eorum linguam totam Scripturam transtulit, excepto libro qui dicitur Regum... Eo quod bellorum historiam contineat... gens vero illa belli amans esset, frænoque magis ad pugnas egeret quam incentivo. Philostorg., II, 5.

[Note 45: ][(retour) ] Nostri temporis Moses.... ὁ ἐῳ' ἡμῶν Μωσῆς. Philostorg., Histor. eccles. l. II. 5.

[Note 46: ][(retour) ] Quippe qui pro fide Christi innumera subierit pericula dum Barbari adhuc gentilium ritu simulacra colerent. Sozom., VI, 37.

La troupe de Fridighern et d'Alavive se mit en marche vers le Danube avec autant d'ordre que le comportait une pareille multitude traînant avec elle le mobilier de toute une nation. Les hommes armés venaient les premiers, puis les femmes, les enfants, les vieillards, les troupeaux, les chariots de transport. Ulfila, en tête de son clergé blond et fourré[47], veillait sur l'église ambulante, qui se composait d'une grande tente fixée sur un plancher à roues, et renfermant avec le tabernacle les ornements et les livres liturgiques. Le trajet n'était pas long, et les Goths atteignirent bientôt la rive du Danube en face des postes de la Mésie. A cette vue, et par un mouvement spontané, ils se précipitèrent à genoux, poussant des cris suppliants et les bras tendus vers l'autre bord[48]. Les chefs qui les précédaient ayant fait signe qu'ils voulaient parler au commandant romain, on leur envoya une barque dans laquelle montèrent Ulfila et plusieurs notables goths. Conduits devant le commandant, ceux-ci exposèrent leur demande: «Chassés de leur patrie par une race hideuse et cruelle à laquelle, disaient-ils, rien ne pouvaient résister, ils arrivaient avec ce qu'ils avaient de plus cher, priant humblement les Romains de leur accorder un territoire, et promettant d'y vivre tranquilles en servant fidèlement l'empereur[49].» L'affaire était trop grave pour qu'un simple officier de frontière pût la décider: le commandant renvoya donc les députés à l'empereur, qui tenait alors sa cour dans la ville d'Antioche. On mit à leur disposition, suivant l'usage, les chevaux et les chariots de la course publique, et ils partirent, tandis qu'Alavive et Fridighern faisaient camper leurs bandes sur la rive gauche du fleuve, dans le meilleur ordre possible[50].

[Note 47: ][(retour) ] Getarum rutilus et flavus exercitus ecclesiarum circumfert tentoria. Hieron., Epist. ad Læt., IV, p. 591.--Pelliti, gentes pellitæ.

[Note 48: ][(retour) ] Erectis manibus, supplices ab imperatore se recipi petebant. Zosim., IV, 20.

[Note 49: ][(retour) ] Missis oratoribus ad Valentem, suscipi se humili prece poscebant, et quiete victuros se pollicentes, et daturos si res flagitaret auxilia. Amm. Marc., XXXI, 4.--Zosim., IV, 20.--Jorn., R. Get., 25.

[Note 50: ][(retour) ] Amm. Marc., XXXI, 3 et seq.

L'empire d'Orient se trouvait alors aux mains de Valens, frère de Valentinien Ier, qui, après avoir gouverné glorieusement l'Occident, venait de mourir, pour le malheur des Romains[51]. Valens était un composé bizarre de bonnes qualités et de mauvaises prétentions. On avait estimé en lui, dans les variations de sa fortune, un grand esprit de désintéressement et d'équité: terrible aux méchants, protecteur des petits, il se montrait un dur mais impartial justicier comme son frère, pour qui il professait une admiration respectueuse. C'était le seul cas où l'on voyait faiblir sa vanité, Soldat rude, mais brave et sympathique au soldat, général assez expérimenté pour bien commander sous un autre, il s'était laissé éblouir par l'éclat d'une fortune qu'il ne devait qu'au mérite de Valentinien. D'illusions en illusions, il était arrivé à l'aveuglement d'un homme né sur la pourpre: c'était la même croyance en sa propre infaillibilité, la même confiance naïve en ses flatteurs. Complétement illettré et si bien fait pour l'être, qu'à l'âge de cinquante ans, et après douze ans de règne en Orient, il n'avait pas encore réussi à entendre couramment la langue grecque[52], il n'en prétendait pas moins régenter l'église orientale, alors en proie aux déchirements de l'arianisme. Ces distinctions subtiles, ces piéges de doctrine et surtout de langage que les demi-ariens lançaient comme autant de filets où se prirent souvent les plus habiles, semblaient un jeu pour Valens: il décidait, il tranchait, il innovait, et les évêques de sa cour, gens perdus dans les intrigues, après en avoir fait un théologien infaillible, n'eurent pas de peine à en faire un persécuteur forcené[53]. Valens semblait renier, dès qu'il s'agissait de religion, la droiture et l'équité proverbiales de son caractère, pour n'en justifier que la rigueur. Jamais encore le catholicisme n'avait passé de si mauvais jours: ses évêques étaient bannis, ses temples fermés; partout en Orient le schisme et l'apostasie étaient provoqués par la corruption ou imposés par la violence. Cet homme, qui n'avait eu longtemps de plaisir que dans les fatigues du champ de bataille, qui avait vaincu les Goths et les Perses, ne rêvait plus que théologie; dans son abandon des affaires, on eût dit qu'il sacrifiait volontiers son titre de prince du peuple romain à celui de prince de l'église arienne.