[Note 757: ][(retour) ] Cum Hunnos Uturguros hi legati metuerent, palam quidem ac multis audientibus, legationis causam exponentes, de præsule tantum mentionem fecerunt Imperatori. Procop., Bell. Goth., IV, 4.
[Note 758: ][(retour) ] At in arcano intimoque colloquio, utilitates omnes declaraverunt quas imperium romanum capturum esset, si discordia inter vicinos sibi barbaros aleretur. Procop., ibid.
Le conseil fut trouvé bon, et tandis que les ambassadeurs goths regagnaient leurs montagnes de Tauride, des émissaires intelligents partirent de Constantinople pour les steppes où campaient les Outigours, au delà du Caucase. Cette horde avait alors pour roi un certain Sandilkh[759], personnage envieux et cupide, chez qui la bassesse le disputait à la vanité. La seule idée que les Romains le dédaignaient, tandis que leurs caresses ainsi que leur argent allaient chercher le roi des Coutrigours, qui ne le valait pas, faisait sécher Sandilkh de colère, et dans ses retours amers sur lui-même il ne savait ce qu'il devait le plus haïr du rival heureux qui l'effaçait, ou de l'empereur Justinien, si mauvais juge du mérite. A la vue des émissaires romains arrivés dans son camp, son front s'épanouit, et il songea à prendre sa revanche. Les propositions qu'apportaient ceux-ci étaient nettes et sans ambages: ils offraient au chef des Outigours la subvention qu'avait touchée jusqu'alors celui des Coutrigours, à la condition que le premier se constituerait le gardien du second, et que chaque fois que les Coutrigours enverraient quelque expédition du côté du Danube, Sandilkh en ferait une dans leurs campements, qu'il traiterait de façon à ramener les troupes coutrigoures sur leurs pas; autrement il ne ménagerait rien pour les châtier[760]. Ces propositions fort claires, comme on voit, parurent d'abord révolter Sandilkh. Du ton d'un homme longtemps méconnu et qui sent qu'on a besoin de lui, il s'écria avec emphase: «Vous êtes vraiment injustes, ô Romains, quand vous exigez que j'extermine des compatriotes et des frères, car sachez que non-seulement les Coutrigours parlent la même langue que nous, s'habillent comme nous, ont les mêmes mœurs et les mêmes lois, mais qu'ils sont du même sang que les Outigours, quoique les deux peuples soient gouvernés par des chefs différents[761]. Voici cependant ce que je puis faire pour rendre service à votre empereur. J'irai surprendre les campements des Coutrigours, et je ferai main-basse sur leurs chevaux que j'emmènerai avec moi. Il en résultera que vos ennemis, n'ayant plus de montures, ne pourront de longtemps vous faire la guerre, et alors vous dormirez en paix[762].» Les envoyés romains auraient pu rire de l'offre de Sandilkh, si elle n'eût eu par trop l'air d'une moquerie insolente; mais ils sentirent l'intention, et l'un deux, retournant dans le cœur du barbare l'aiguillon de la jalousie, lui demanda ironiquement si ses compatriotes et frères les Coutrigours, dont il montrait tant de souci, partageaient avec lui l'argent que les Romains leur donnaient, et si lui-même comptait sur une part de leur butin quand ils viendraient piller les terres de l'empire[763]. Le coup portait juste: Sandilkh, hors de lui, jeta le masque, reçut les présents, et jura de faire aveuglément tout ce qu'on lui commandait.
[Note 759: ][(retour) ] On trouve ce nom sous les formes Σανδίλχος, Σανδίχλος et Σανδίλ.
[Note 760: ][(retour) ] Proponebat Imperator per legatos, si Cotraguros debellasset, ad ipsum annuas pecuniarum præstationes quæ quotannis illis pendebantur, redituras esse. Menand., Exc. leg., p. 133.
[Note 761: ][(retour) ] Minime sibi pium aut decens fore, omnes suos contribules ad internecionem usque delere... Quippe qui, inquiebat, non solum eadem lingua, atque nos utuntur, eadem habitatione, eodem vestitu, atque eadem vivendi ratione, sed etiam sunt nostri consanguinei, quamvis aliis ducibus pareant. Id., ibid.
[Note 762: ][(retour) ] Equos Cotraguris adimam et hos mihi vindicabo proprios ne habeant quibus vecti et insidentes Romanis noceant. Id., ub. sup.
[Note 763: ][(retour) ] Uturguros autem nihil inde lucri capere, et cum in prædæ partem non vocentur a Cuturguris... Procop., Bell. Goth., IV, 18.
Tandis que les deux politiques gépide et romaine travaillaient ainsi par des mines et des contre-mines les barbares de la Mer-Noire et les tiraillaient en sens contraire, le jour fixé pour le grand duel des Gépides et des Lombards arriva. Les champions se trouvèrent pris au dépourvu, les secours qu'ils attendaient de part et d'autre leur ayant fait défaut; toutefois le point d'honneur germanique n'en exigeait pas moins qu'ils répondissent à un engagement si solennel. Leurs armées se rendirent donc sur le terrain; mais, à peine en présence, elles tournèrent le dos et s'enfuirent à toutes jambes chacune de son côté, comme frappées d'une terreur panique[764]. Les deux rois assistaient à cette étrange déroute sans pouvoir l'arrêter. En vain Thorisin, qui crut avoir l'avantage, se jetait au-devant de ses Gépides, les menaçant et les suppliant tour à tour; en vain Aldoïn, confiant dans sa force, criait à ses Lombards de demeurer: le champ de bataille fut vide en un moment; il n'y restait que les deux rois seuls ou presque seuls[765]. Force leur fut de reconnaître dans cet événement un arrêt du ciel qui mettait, leur honneur à couvert, et sous l'impression involontaire de la frayeur qu'ils ressentaient eux-mêmes, ils conclurent une trêve de deux ans, pendant lesquels ils comptaient arranger leurs différends à l'amiable, ou prendre mieux leurs mesures pour les trancher armes en main[766].
[Note 764: ][(retour) ] Jam erant in propinquo acies, non tamen in conspectu, cum terror panicus, de repente ipsis injectus, omnes temere retro fugere compulit. Procop., Bell. Goth., l. c.