[Note 770: ][(retour) ] Quoniam acribus Romanorum custodiis in Illyrico et Thracia claudebatur Istri fluminis transitus. Id., loc. cit.
«Si, connaissant ce qui se passe et pouvant agir, tu restes tranquille chez toi, nous admirons ta perfidie non moins que l'erreur où nous sommes tombé le jour où nous te donnâmes la préférence sur ton rival le roi des Coutrigours[771]. Si au contraire tu ignores ce qui se passe, tu es excusable, mais nous attendons pour le croire que tu te sois mis en devoir d'agir. Les Coutrigours viennent chez nous, moins pour ravager nos États (ce qu'ils ne feront pas longtemps) que pour nous prouver qu'ils valent mieux que les Outigours[772]. Nous leur avons remis l'argent que nous te destinions: avise maintenant au moyen de le leur reprendre[773]. Écoute, Sandilkh: si après un tel affront tu n'es pas bientôt vengé, c'est que tu ne le peux ou ne l'oses pas, et nous alors, changeant de conduite, nous reviendrons à ceux que tu crains, et auxquels, en ami, nous te conseillerons de te soumettre. Nous serions fou de vouloir partager l'humiliation du faible quand il ne tient qu'à nous d'avoir l'alliance du fort[774].»
[Note 771: ][(retour) ] Siquidem non ignarus eorum quæ Cutriguri in nos tentarunt, tu interim sponte quiescis, merito certe miror tuam perfidiam... Agath., Hist., V, p. 170.
[Note 772: ][(retour) ] Advenerunt enim huc, non eo animo et studio ut meas ditiones vastent... sed rebus ipsis declaraturi quod, ipsis ut præstantioribus fortioribusque contemptis, decepti simus, cum tibi confidere maluerimus. Id., ibid.
[Note 773: ][(retour) ] Aurum omne quantum tibi quotannis mercedis causa largiri consuevimus, ipsi abstulerunt. Id., ibid.
[Note 774: ][(retour) ] Dementiæ enim fuerit, una cum victis in societatem ignominiæ venire, cum liceat victoribus adjungi. Agath., V, p. 171.
La dépêche de la chancellerie impériale fit bondir de colère l'orgueilleux Sandilkh, qui, pour bien prouver qu'il savait gagner son argent quand il le voulait, se mit en route avec toute son armée pour le campement des Coutrigours. Les Goths Tétraxites, qui avaient le mot, l'attendaient avec un contingent de deux mille fantassins bien armés au passage du Tanaïs, et se joignirent à lui[775]. Les Coutrigours, quoique pris à l'improviste et privés d'ailleurs de leur meilleure cavalerie, envoyée sur le Danube, firent bonne contenance et marchèrent au-devant de Sandilkh; mais la fortune leur fut contraire. Un grand massacre suivit leur défaite; leur camp fut pillé, leurs femmes enlevées, leurs enfants traînés en servitude[776], l'épée des Goths Tétraxites et la flèche des Huns outigours rivalisèrent à qui mieux mieux pour le service des Romains. Il y avait dans le camp saccagé plusieurs milliers de captifs mésiens ou thraces[777] que les Coutrigours détenaient pour en tirer rançon. Ils étaient étroitement gardés et chargés de fers. Le tumulte de la bataille ayant dispersé leurs gardes, ces captifs brisèrent leurs fers et se cachèrent, puis des chevaux qui leur tomberait sous la main leur permirent de fuir. Arrivés avec toute la précipitation de la crainte et de l'espérance au bord du Danube[778], ils y racontèrent les événements dont ils venaient d'être témoins.
[Note 775: ][(retour) ] Gothorum Tetraxitarum adjunctis sibi duodecim millibus (Uturguri) fluvium Tanaïm cum omnibus copiis trajecere. Procop., Bell. Goth., IV, 18.
[Note 776: ][(retour) ] Uturguri, versis in fugam hostibus, ingentem fecere stragem... captis uxoribus, liberisque... Procop., l. cit.
[Note 777: ][(retour) ] Quorum numerus ad multas myriadas. Procop., Bell. Goth., IV, 19.