[Note 77: ][(retour) ] Hujus rei gratia cum omni gente Gothorum (Fridigernus) in Arianam hæresim devolutus est.... Isidorus Hispal., Chron. Goth.--Sozom., ub sup.--Socrat., ii.
[Note 78: ][(retour) ] Sic quoque Vesegothæ a Valente imperatore Ariani potiusquam Christiani effecti. Jorn., R. Get., 25.
Tant d'outrages, tant d'iniquités finirent par exaspérer les Goths: un guet-apens, tendu par le comte Lupicinus à leurs chefs Fridighern et Alavive au milieu d'un festin[79], mit le comble à leur colère: ils ouvrirent le passage du Danube à d'autres bandes barbares qui les avaient suivis; ils se procurèrent ou se fabriquèrent clandestinement les armes qui leur manquaient, et se mirent à piller. Une armée romaine tenta de les arrêter; elle fut battue près de Marcianopolis, capitale de la petite Scythie. Fridighern empêchait ses compagnons de perdre leur temps contre les places fortes, qu'ils ne savaient pas assiéger; son mot d'ordre était: «Paix aux murailles[80]!» mais les bourgades ouvertes, mais la villa du riche et la cabane du pauvre voyaient fondre sur elles une guerre sans quartier. Toutes les injures accumulées par les Romains sur les Goths, pillages, viols, assassinats, leur furent rendues au centuple. Tiré de ses rêves de gloire théologique, Valens accourut à Constantinople, et fut presque lapidé par le peuple: les catholiques triomphaient. Comme il sortait de la ville, un ermite, quittant sa cellule, construite non loin de la route, se mit en travers devant lui, et l'arrêta pour le maudire et lui annoncer sa mort prochaine[81]. Le malheur dissipant dans l'esprit de Valens toutes les fumées de la puissance, il redevint, comme aux jours de sa jeunesse, un soldat vigoureux et hardi jusqu'à l'imprudence. Avec une armée en désarroi, quelques troupes fraîches et des recrues, il entreprit bravement de balayer ces bandes victorieuses ou de périr à la tâche. Dans l'impatience de combattre ou dans la crainte de se laisser ravir la gloire du succès, il refusa d'attendre son neveu Gratien, empereur d'Occident, qui s'était mis en route pour le rejoindre[82]: cet empressement le perdit. Les Romains manquaient de vivres, et Fridighern, qui le savait, les promenait de délai en délai pour les affamer; tantôt c'était un prêtre qui venait au nom du ciel protester des intentions pacifiques des Goths[83]; tantôt de feintes propositions d'accommodement amusaient l'empereur, pendant que le rusé barbare ralliait une de ses divisions de cavalerie absente du camp.
[Note 79: ][(retour) ] Fridigernus evaginato gladio, convivio non sine magna temeritate, velociterque egreditur, suosque ab imminenti morte ereptos ad necem Romanorum instigat. Jorn., R. Get., 26.--Amm. Marc., xxxi, 5.
[Note 80: ][(retour) ] Pacem sibi esse cum parietibus. Amm. Marc., xxxi, 7.
[Note 81: ][(retour) ] Socrat., iv. 38.--Theodoret., iv. 33, 34.--Zonar., xiii. 31, 32.--Theoph., p. 55, 56.--Cedren, i. 313.--Cf. Amm. Marc., xxxi, 11.
[Note 82: ][(retour) ] Vicit tamen funesta principis destinatio, et adulabilis quorumdam sententia regiorum, qui ne pæne jam partæ victoriæ censors fieret Gratanus, properari cursu celeri suadehant. Amm. Marc., xxxi, 12.
[Note 83: ][(retour) ] Christiani ritus Presbyter missus a Fridigerno legatus, cum aliis humilibus venit ad principis castra... astu et ludificandi varietate nimium solers... Amm. Marc., xxxi, 12.
La bataille se livra dans une plaine entre Adrianopolis, aujourd'hui Andrinople, et la petite ville de Nicée, le 9 août 378, par un jour d'une chaleur accablante. Pour augmenter les souffrances des Romains, Fridighern fit mettre le feu à des broussailles dont la plaine était couverte de leur côté, et, l'incendie se communiquant de proche en proche, le camp romain se trouva comme emprisonné dans un cercle de flammes[84]. L'audace même de Valens nuisit à son succès. S'étant avancé sans précaution à la tête de ses gardes, il entraîna les légions, qui, séparées de leur cavalerie, furent bientôt cernées par les Goths. Des nuages d'une poussière fine obscurcissaient le ciel et empêchaient les combattants d'apercevoir leurs ennemis: les traits partaient au hasard; on se cherchait, on s'égarait comme dans l'ombre d'un crépuscule[85]. Quand les fronts des armées se rencontrèrent, la masse des Barbares, poussant toujours dans le même sens, parvint à rompre l'ordonnance des légions, qu'elle écrasa de son poids. Sur ces entrefaites, la nuit arriva, nuit sombre et sans lune. Valens, que ses généraux pressaient en vain de se retirer, combattait toujours, quand il tomba percé d'une flèche. Quelques soldats le relevèrent et l'emportèrent dans une cabane de paysan qui se trouvait à peu de distance du champ de bataille. On pansait sa blessure, lorsqu'une bande de pillards goths s'approcha, et, trouvant les portes défendues, amoncela autour de la cabane de la paille et des fagots auxquels elle mit le feu[86]. Valens périt brûlé; les deux tiers de son armée jonchaient la plaine, et les contemporains purent justement comparer cette journée néfaste à celle de Cannes[87]. Maîtres de la Thrace et de la Macédoine, les Goths ravagèrent ces provinces tout à leur aise jusqu'à l'année suivante, où Théodose vint prendre possession de l'Orient. Non moins habile à pacifier qu'à vaincre, le nouvel empereur fit sentir aux Barbares la force de son bras avant de les recevoir à composition; puis, les ayant réduits à l'implorer, il les enferma dans un cantonnement où il mit à profit leurs services. Après sa mort, la trahison de Rufin, ministre d'Arcadius, les en tira pour les lancer sur l'Occident. Alors commença, sous la conduite d'Alaric, le plus célèbre de leurs rois, ce long et sanglant pèlerinage des Visigoths, qui les conduisit à travers la Grèce et l'Italie jusque dans le midi des Gaules, où ils s'arrêtèrent.
[Note 84: ][(retour) ] Ut miles fervore calefactus æstivo, siccis faucibus commarceret, reluccute amplitudine camporum incendiis, quos lignis nutrimentisque aridis subditis ut hoc fieret, iidem hostes urebant. Id., ibid.