[Note 130: ][(retour) ] Cum pastor quidam gregis unam buculam conspiceret claudicantem, nec causam tanti vulneris inveniret; sollicitus vestigia cruoris insequitur, tandemque venit ad gladium... Jorn., R. Get., 35.

[Note 131: ][(retour) ] Totius mundi principem constitutum, et per Martis gladium potestatem sibi concessam esse bellorum. Jorn., R. Get., 35.--Prisc., p. 33.--Totius Scythiæ regnator. Jorn., R. Get., 34.

Ce premier pas fait ou presque fait, Attila avait ramené ses regards sur la Romanie, qu'il laissait en repos depuis six ou sept ans. La façon dont il fit sa rentrée, en 441, dans les affaires de l'empire, mérite une mention particulière, parce qu'elle peint bien son caractère et sa politique. Il devait y avoir dans un des châteaux de la frontière un de ces marchés mixtes où les Barbares étaient admis; les Huns s'y rendirent en grand nombre et armés secrètement. Au milieu de la foire, ils tirèrent leurs armes, se jetèrent sur la foule, pillèrent les marchandises, et se rendirent maîtres de la place. Aux demandes d'explication qui vinrent de Constantinople, Attila répondit que ce n'était là qu'une revanche, attendu que l'évêque de Margus, s'étant introduit clandestinement dans la sépulture des rois huns, en avait pillé les trésors[132]. Bien qu'au fond l'évêque de Margus fût assez peu digne d'intérêt, le fait qu'on lui imputait semblait trop invraisemblable, et l'accusé le niait avec trop d'assurance, pour que le gouvernement romain ne soutînt pas sa dénégation. Pendant ces dits et contredits, Attila parcourait la rive du fleuve, saccageant les villes ouvertes et rasant les châteaux; il prit ainsi Viminacium, grande cité de la haute Mésie. Les provinciaux écrivaient lettre sur lettre à l'empereur pour qu'il mît un terme à ces calamités: «Si l'évêque est coupable, disaient-ils, il faut le livrer; s'il est innocent, il faut nous défendre[133].» L'évêque, craignant qu'on ne le sacrifiât par lâcheté, passa dans le camp des Huns, auxquels il promit de livrer sa ville épiscopale, s'ils lui garantissaient la vie sauve[134]. On lui donne aussitôt des troupes qu'il place en embuscade, et, la nuit suivante, Margus tombait au pouvoir d'Attila[135]. Ce premier prétexte épuisé, le roi barbare en trouvait chaque jour un nouveau; tantôt les échéances de son tribut étaient en retard, tantôt le gouvernement romain ne renvoyait pas fidèlement ses transfuges, et, à l'appui de chaque réclamation, Attila mettait en feu quelque canton de la Mésie. Ratiaria, ville grande et peuplée, fut prise d'assaut; Singidon fut ruinée; puis les Huns traversèrent la Save, et prirent Sirmium, ancienne capitale de la Pannonie; après quoi, revenant vers la Thrace, ils pénétrèrent dans les terres jusqu'à Naïsse, à cinq journées du Danube. Cette ville, patrie de Constantin, fut entièrement détruite; Sardique fut pillée et réduite en cendres.

[Note 132: ][(retour) ] Margi enim episcopum in suos fines transgressum regum suorum loculos et reconditos thesauros indagatum expilasse. Prisc., p. 33.

[Note 133: ][(retour) ] His gestis cum multi in sermonibus dictitarent, episcopum dedi oportere, ne unius hominis causa universa Romanorum respublica bellipericulum sustineret... Prisc., ibid.

[Note 134: ][(retour) ] Ille se deditum iri suspicatus, elam omnibus civitatem incolentibus, ad hostem effugit et urbem traditurum si sibi Scytharum reges liberalitate sua consulerent pollicitus est... Prisc., ibid.

[Note 135: ][(retour) ] Nocte, dato signo, exiliit, et urbem inimicorum ditionis potestatisque fecit... Prisc., ibid.

Un répit de quelques années, laissé aux Romains par suite des embarras domestiques d'Attila, ne fut pour les Huns qu'un temps de repos; ils reprenaient leurs ravages en 446. Soixante-dix villes dévastées, la Thessalie traversée jusqu'aux Thermopyles, deux armées romaines détruites coup sur coup, signalèrent les campagnes de cette année et de la suivante. Théodose, fatigué de sa propre résistance, proposa la paix, qui fut conclue à la condition qu'Attila recevrait immédiatement six mille livres pesant d'or comme indemnité de ses frais de guerre; qu'il lui serait payé désormais deux mille livres en tribut annuel[136], et que le territoire romain serait fermé pour toujours à tous les Huns sans exception.

[Note 136: ][(retour) ] Plus exactement deux mille cent livres d'or, δυοχιλίας Ἑκαὶ κατὸν λίτρας χρυσοῦ. Prisc., Exc. leg., p. 84.

Venait maintenant une question bien difficile, celle du paiement des sommes promises, car le trésor impérial était à sec: Théodose ne le savait que trop, et Attila non plus ne l'ignorait pas. Bien informé des affaires intérieures de l'empire, il connaissait la misère des provinces, à laquelle il avait d'ailleurs tant contribué, les folles prodigalités d'un prince qui ne réfléchissait jamais, et la rapacité de ses ministres. Il envoya donc à Constantinople un ambassadeur spécial, chargé de hâter la levée de l'impôt au moyen duquel on devait le payer, et d'en assurer la remise entre ses mains, et fit choix, pour cette mission, d'un officier nommé Scotta[137], frère de son principal ministre. Ce fut pour Théodose une humiliation sans pareille que la présence de ce garnisaire barbare, qui semblait menacer d'exproprier l'empereur, si l'on ne pressurait pas ses sujets. L'impôt d'Attila ne souffrant ni retard ni non-valeur, la cour de Byzance recourut au procédé de recouvrement le plus commode et le plus prompt, en le faisant peser uniquement sur les riches, et en premier lieu sur les sénateurs; mais beaucoup de riches se trouvaient ruinés par suite du malheur des temps, et comme les agents du fisc déployaient une rigueur excessive, le désespoir s'empara des hautes classes de la société: les femmes vendaient leurs parures, les pères le mobilier de leurs maisons. On en vit qui, à bout de ressources, se pendirent ou se laissèrent mourir de faim[138]. L'excès de la douleur et de la honte aurait pu réveiller l'énergie de ce gouvernement, il ne fit que l'abattre tout à fait. Attila, par sa puissance, par son génie, par son esprit diabolique, exerçait sur Théodose une fascination qui le paralysait en face du danger. Il ne savait que maudire le barbare, souhaiter sa ruine, sans oser un dernier effort pour la préparer. Il aimait mieux s'étourdir dans les occupations futiles ou ridicules qui remplissaient sa vie. Quelle résolution virile pouvait-on demander à cette cour, où le porte-épée impérial[139] était un eunuque? On ne savait y concevoir que des ruses de femme et y pratiquer que des trahisons: il en devait arriver mal à Théodose et à l'empire romain.