[Note 344: ][(retour) ] Tractantibus autem civibus ut Genovefam aut lapidibus obrutam, aut vasto gurgite mersam punirent... Vit. S. Genovef., apud Bolland., ibid.

[Note 345: ][(retour) ] Adveniente ab Autissiodorensi urbe diacono... ibid.

L'intention du roi des Huns n'était point de livrer la Gaule à un pillage général, au moins pour le moment. Attila, qui hasardait toujours le moins possible, aimait à surprendre son ennemi: il avait coutume de dire que «l'attaque appartient au plus brave[346];» d'ailleurs les expéditions soudaines, rapides, étaient dans la nature des troupes qu'il commandait. Son plan, arrêté dès le premier jour, consistait à marcher directement sur le midi des Gaules pour attirer les Visigoths hors de leurs cantonnements ou les y écraser avant l'arrivée des troupes romaines, qu'il savait encore en Italie. Les Visigoths détruits, il devait se porter au-devant d'Aëtius, et l'attaquer au débouché des Alpes; quant aux Burgondes et aux Franks, il n'en tenait pas grand compte, lui qui avait déjà battu les premiers et vu fuir les seconds. Sa marche depuis Metz dévoilait ce plan à des yeux clairvoyants. Deux routes conduisaient de cette ville dans le midi des Gaules: l'une, principale voie de communication entre la province narbonnaise et les bords du Rhin, passait par Langres, Châlons-sur-Saône et Lyon, pour descendre ensuite la vallée du Rhône; l'autre passait par Reims, Troyes et Orléans. La première, toute montagneuse, parcourait un pays où une nombreuse cavalerie ne pouvait ni se déployer ni trouver à vivre; la seconde traversait une région plane et ouverte, qui se prolongeait encore au delà de la Loire, dans les plaines de la Sologne et du Berry. Toujours bien renseigné sur les contrées où il voulait porter la guerre, Attila choisit la seconde de ces routes; il comptait même s'emparer d'Orléans sans coup férir, grâce à certaines intelligences qu'il avait déjà nouées avec le chef ou roi des Alains, campés en Sologne, et chargés de garder les passages du fleuve[347]. Sangiban (c'était le nom de ce roi), homme faible et méticuleux, s'était laissé intimider par les menaces d'Attila ou gagner par ses promesses, car Attila avait partout des gens qui travaillaient pour lui soit comme émissaires, soit comme espions. D'ailleurs les Alains de la Gaule, anciens vassaux des Huns, n'étaient pas tranquilles sur les suites de leur désertion, quand ils voyaient les puissants Visigoths eux-mêmes réclamés comme des esclaves fugitifs. Ces réflexions agirent sur l'esprit du roi alain, qui consentit à livrer Orléans aux troupes d'Attila. Peut-être aussi le médecin Eudoxe promettait-il à son protecteur une insurrection de paysans dans les provinces cisligériennes qui avaient été le principal foyer de la bagaudie. Le roi des Huns avait donc bien des motifs de hâter sa marche sur Orléans. Ramenant à lui les ailes de son armée, il la concentra tout entière dans cette direction, et à partir de Reims tous les pillages cessèrent. C'est ainsi que Châlons-sur-Marne, Troyes et Sens furent traversés sans éprouver le sort de Metz, de Toul et de Reims. Quelque diligence que fît Attila, une armée embarrassée de chariots ne devait pas mettre moins de vingt jours à parcourir les 336 milles romains (112 lieues de France) qui séparaient Metz d'Orléans, d'après les itinéraires officiels. Ainsi donc, parti de la première de ces villes le 9 ou le 10 avril, il put arriver devant la seconde dans les premiers jours du mois de mai[348].

[Note 346: ][(retour) ] Audaciores sunt semper, qui inferunt bellum. Jorn., R. Get. 39.

[Note 347: ][(retour) ] Sangibanus namque, rex Alanorum, meta futurorum perterritus, Attilæ se tradere pollicetur, et Aurelianam civitatem Galliæ, ubi tunc consistebat, in ejus jura transducere. Jorn. R. Get., 39.

[Note 348: ][(retour) ] Voici, étape par étape, d'après les itinéraires romains, le chemin que parcourut Attila entre Metz et Orléans. Il est curieux de pouvoir suivre, au bout de quatorze siècles, tous les pas de ce terrible conquérant sur le sol de notre patrie.--1º De Metz à Reims.--Divodurum, Metz; Scarpona, Scarponne, 21 milles; Tullum, Toul, 15 milles; Ad Fines, Foug, 6 milles; Nasium, Naix, 21 milles; Caturiges, Bar-le-Duc, 14 milles et demi; Ariola, Montgarni, 13 milles et demi; Fanum Minervœ, La Cheppe sur la Vesle, où la tradition place le camp d'Attila, 24 milles; Durocortorum, Reims, 28 milles et demi.--2º De Reims à Troyes.--Durocortorum, Reims; Durucatataunum, Châlons, 27 milles; Artiaca, Arcis-sur-Aube, 33 milles; Tricasses, Troyes, 18 milles.--3º De Troyes à Sens--Augustobona, Troyes; Clanum, Villemaur, 18 milles et demi; Agedincum, Sens, 25 milles.--4º De Sens à Orléans.--Agedincum, Sens; Aquœ Segestœ, ruines au nord de Sceaux, 34 milles romains; Fines, forêt d'Orléans entre Cour-Dieu et Philissanet, 22 milles; Genabum, Orléans, 15 milles.

CHAPITRE SIXIÈME

Orléans au Ve siècle.--Les habitants mettent leur ville en état de défense.--L'évêque Agnan va trouver dans Arles le patrice Aëtius.--Aëtius promet de secourir Orléans.--Inutilité de ses efforts pour entraîner les Visigoths.--Les Gaulois et les Barbares fédérés et Lètes accourent sous ses drapeaux.--Force de l'armée d'Aëtius.--Caractère d'Avitus: sa liaison avec les Visigoths; son influence sur Théodoric; il le décide à partir.--Les habitants d'Orléans réduits à l'extrémité se découragent.--Ambassade d'Agnan vers Attila.--Les Huns entrent dans Orléans; arrivée d'Aëtius; combat; retraite des Huns.--Attila traverse la Champagne.--Loup, évêque de Troyes, est emmené par Attila.--Combat sanglant entre les Franks et les Gépides à Méry-sur-Seine.--Camp d'Attila près de Châlons.--Attila consulte ses devins sur le succès de la bataille.--Divination des Huns.--Affaire des Champs catalauniques; ordre de bataille des Huns et des Romains.--Discours d'Attila à ses soldats.--La bataille s'engage; horrible mêlée; mort de Théodoric, roi des Visigoths.--Attila est défait et se retranche dans son camp.--Funérailles de Théodoric; son fils Thorismond lui succède.--Thorismond remmène les Visigoths à Toulouse.--Joie d'Attila.--Sa retraite jusqu'au Rhin.--Les Visigoths s'attribuent la victoire de Châlons.--Injustice de la cour de Ravenne envers le patrice Aëtius.

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