[Note 370: ][(retour) ] Cumque sanctus Anianus populum admoneret, ut nec sic quoque desperarent de Domino, nihilque esse Deo invalidum, qui suos tueri prævalet etiam sub momento... Vit. S. Anian., apud Chesn., Script. Franc., t. I, p. 521.

[Note 371: ][(retour) ] Aspicite de muro civitas, si Dei misericordia jam succurrat. Greg. Tur., Hist. franc., II, 6.

[Note 372: ][(retour) ] Vade et dic filio meo Aetio quia si hodie ad civitatem adesse distulerit, venire jam crastina nihil proderit. Vit. S. Anian., apud Chesn., l. c.

[Note 373: ][(retour) ] Cessante igitur nimbo profluo, sanctus Anianus ad Attilæ pergit tentorium pro sibi commisso rogaturus populo: spretus a perfido responso contrario, civitatis sese retulit claustro... Vit. S. Anian., apud Chesn., et D. Bouq., ut sup.

Le lendemain donc, dès le point du jour, les serrures brisées et les portes ouvertes à double battant annoncèrent que l'armée des Huns pouvait entrer[374]. Les chefs pénétrèrent les premiers pour avoir le choix des dépouilles, et le pillage commença. Il s'opéra dans tous les quartiers avec une sorte de régularité et d'ordre: des chariots en station recevaient le butin enlevé des maisons, et les captifs, rangés par groupes, étaient tirés au sort entre les soldats[375]. Cette opération fut interrompue par un cri soudain, qui ramena l'espérance dans le cœur des vaincus et jeta l'effroi dans celui des vainqueurs. C'étaient Aëtius et Thorismond qu'on apercevait à la tête de la cavalerie romaine, accourant à toute bride, et derrière eux on voyait briller les aigles des légions et les étendards des Goths[376]. Ils furent bientôt devant la ville. Un premier combat eut lieu au débouché du pont, sur la rive et jusque dans les eaux de la Loire[377]; d'autres lui succédèrent dans l'intérieur des murs, où les captifs, brisant leurs chaînes, secondèrent les Romains de leur mieux. Traqués de rue en rue, écrasés sous les pierres que les habitants lançaient du haut des maisons, les Huns ne savaient plus que devenir, lorsque Attila fit sonner la retraite. Le patrice n'avait point manqué à sa parole: on était au 14 juin. Telle fut cette fameuse journée qui sauva la civilisation d'une destruction totale en Occident. L'église d'Orléans la célébra longtemps par une solennité où les noms d'Agnan, d'Aëtius et de Thorismond se confondaient dans ses prières; mais Orléans était destiné à décider une autre fois encore du sort de nos aïeux, et la gloire plus récente et plus poétique de la vierge de Domremy fit pâlir celle du vieux prêtre gaulois. Cette gloire pourtant était grande au XIIIe siècle, puisque saint Louis vint à Orléans avec ses fils pour avoir l'honneur de porter les ossements de saint Agnan lors d'une translation de reliques. Les guerres religieuses n'épargnèrent pas les restes d'un héros coupable d'avoir été évêque et canonisé: les calvinistes, en 1562, brisèrent sa châsse et dispersèrent ses os. Par une triste coïncidence, le saint roi qui était venu l'honorer eut, lui aussi, sa tombe violée à Saint-Denis, sous l'empire d'autres passions et d'autres fureurs, et la ville de Paris vit brûler en place publique les restes de la fille vénérable dont les patriotiques pressentiments et la courageuse volonté avaient empêché sa ruine. Ainsi la France dispense tour à tour à ses enfants les plus glorieux l'apothéose et les gémonies. Puisse du moins l'histoire offrir à ceux qui ont servi la patrie en des temps et sous des costumes différents, prêtres, rois, guerriers, bergères ou reines, un asile sûr où leurs reliques ne seront point profanées!

[Note 374: ][(retour) ] Postera autem die, apertis portarum repagulis, Attilæ proceres ingressi sunt Aurelianus... ibid.--Sequenti luce perfractis urbis portis irrumpit furibundus Attilæ regis excertus 2a Vit. S. Anian., 10.

[Note 375: ][(retour) ] Sorte ad dividendum populum missa, onerabat plaustra innumera de plebis capta substantia. 1a Vit. S. Anian., ap. Chesn., p. 521, et D. Bouq., p. 646.--Proceres sorte domos dividunt, asportandis civium spoliis plaustra miles convehit. 2a Vit. S. Anian., 10.

[Note 376: ][(retour) ] Ecce Aëtius venit, et Theodorus Germanorum rex ac Thorismodus filius ejus cum exercitibus suis, ad civitatem accurrunt... Greg. Tur., Hist. franc., II, 6.--Ille (Aëtius)... utpote divina revelatione commonitus, una cum Theodoro et Torsomodo regibus... equum ascendit, ac concitus pergit. Vit. S. Anian., ap. Chesn. et D. Boug., ubi sup.

[Note 377: ][(retour) ] Itaque alii succubuerunt gladiis, alii coacti timore tradebant se gurgiti Ligeris, sortituri finem mortis... Ibid.

Les nomades ne se font pas, comme nous, un déshonneur de la fuite; attachant plus d'importance au butin qu'à la gloire, ils tâchent de ne combattre qu'à coup sûr, et, lorsqu'ils trouvent leur ennemi en force, ils s'esquivent, sauf à revenir en temps plus opportun. C'est ce que faisait Attila: trompé dans ses prévisions sur Sangiban et maudissant Aëtius, il ne songeait plus qu'à mettre pour le moment ses troupes et son butin en sûreté. Il décampa donc silencieusement pendant la nuit, reprenant la même route qu'il avait suivie à son arrivée, et au lever du jour il était déjà loin de la ville. Il lui tardait de gagner au delà de Sens un pays moins ravagé que les environs d'Orléans, et des plaines découvertes où la cavalerie hunnique retrouverait tous ses avantages, dans la prévision d'une bataille. Au nord de la ville de Sens, entre la vallée de l'Yonne et celle de l'Aisne, se développe, sur une longueur d'environ cinquante lieues et une largeur de trente-cinq à quarante, une succession de plaines coupées de rivières profondes, dont l'ensemble portait, dès le VIe siècle, le nom de Campania, Champagne, qu'il conserve encore aujourd'hui. A son extrémité septentrionale s'élèvent les montagnes de l'Ardenne, qui, séparant ces plaines sèches et ondulées des plaines fertiles et basses de la Belgique, présentent à l'horizon comme un mur boisé d'une hauteur presque uniforme. Il n'y a d'issue, pour en sortir et gagner le cours inférieur du Rhin, que les défilés dangereux de l'Argone du côté du nord-est, ou, du côté du sud-est, le long trajet des Vosges et du Jura; deux routes romaines conduisant dans ces deux directions se croisaient alors à Durocatalaunum, aujourd'hui Châlons-sur-Marne. Attila, qui avait traversé ce pays en venant de Reims, avait hâte d'occuper la ville et la plaine environnante, qu'on appelait Champs catalauniques, afin d'assurer ses moyens de retraite dans le cas où, serré de trop près par l'armée romaine, il se verrait contraint de livrer bataille[378]. Ce n'était pas la première fois dans l'histoire des Gaules que les champs catalauniques se trouvaient choisis pour être le théâtre d'une lutte formidable entre les nations, et ce ne fut pas non plus la dernière.