[Note 12: ][(retour) ] In hominum autem figura licet insuavi ita visi sunt asperi, ut neque igni, neque saporatis indigeant cibis, sed radicibus herbarum agrestium et semicruda cujusvis pecoris carne vescantur, quam inter femora sua et equorum terga subsertam, fotu calefaciunt brevi. Amm. Marc., XXXI, 2.

[Note 13: ][(retour) ] Galeris incurvis capita tegunt. Id., ibid.--S. Jérôme donne à ces bonnets la qualification de tiares. Epitaph. Nepotian.

[Note 14: ][(retour) ] Equis prope affixi duris quidem, sed deformibus, et muliebriter iisdem nonnunquam insidentes, funguntur muneribus consuetis. Ex ipsis quivis in hac natione pernox et perdius emit et vendit, cibumque sumit et potum, et inclinatus cervici augustæ jumenti, in altum soporem adusque varietatem effunditur somniorum. Amm. Marc., xxxi, 2.

[Note 15: ][(retour) ] Inconsultorum animalium ritu, quid honestum inhonestumve sit penitus ignorantes: flexiloqui et obscuri. Amm. Marc., ub. sup.

[Note 16: ][(retour) ] Nullius religionis vel superstitionis reverentia aliquando districti: auri cupidine immensa flagrantes. Id., ibid.

Cette absence de culte public dont parle Ammien Marcellin n'empêchait pas les Huns d'être livrés aux grossières superstitions de la magie. Ainsi ils connaissaient et pratiquaient certains modes de divination que les voyageurs européens du xiiie siècle ont retrouvés encore en honneur à la cour des souverains tartares, successeurs de Tchinghiz-Khan.

Ses pratiques de sorcellerie, sa laideur, sa férocité avaient fait de ce peuple ou de cette réunion de peuples un épouvantail pour les autres. Les Goths n'apprenaient jamais sans une secrète terreur quelque mouvement des tribus hunniques, et leur appréhension était mêlée de beaucoup d'idées superstitieuses. Le Scandinave et le Finnois avaient toujours été placés en face l'un de l'autre comme des ennemis naturels. A l'extrémité occidentale de l'Europe où les deux races se trouvaient en contact, l'enfant du Fin-mark était pour celui de la Scandie un nain difforme et malfaisant en rapport avec les puissances de l'enfer. Le Goth scandinave, nourri de ces préjugés haineux, les sentit se réveiller en lui, lorsqu'il se rencontra côte à côte sur la frontière d'Asie avec des tribus de la même race, plus hideuses encore que celles qu'il connaissait: il ne leur épargna ni les injures, ni les suppositions diaboliques. Les scaldes, historiens poëtes des Goths, racontèrent que du temps que leur roi Filimer régnait, des femmes qu'on soupçonnait d'être all-runes, c'est-à-dire sorcières, furent bannies de l'armée et chassées jusqu'au fond de la Scythie; que là ces femmes maudites rencontrèrent des esprits immondes, errants comme elles dans le désert; qu'ils se mêlèrent ensemble et que de leurs embrassements naquit la race féroce des Huns, «espèce d'hommes éclose dans les marais, petite, grêle, affreuse à voir et ne tenant au genre humain que par la faculté de la parole[17].» Telles étaient les fables que les Goths se plaisaient à répandre sur ces voisins redoutés. Ceux-ci, à ce qu'il paraît, ne s'en fâchaient point. Semblables aux Tartares du xiiie siècle, leurs proches parents et leurs successeurs, ils laissaient croire volontiers à leur puissance surnaturelle, diabolique ou non, car cette croyance doublait leur force en leur livrant des ennemis déjà vaincus par la frayeur.

[Note 17: ][(retour) ] Filimer rex Gothorum... reperit in populo suo quasdam magas mulieres, quas patrio sermone Aliorumnas ipse cognominat; easque habens suspectas, de medio sui proturbat, longeque ab exercitu suo fugatas, in solitudinem coegit terræ. Quas spiritus immundi per eremum vagantes dum vidissent, et earum se complexibus in coitu miscuissent, genus hoc ferocissimum edidere, quod fuit primum inter paludes minutum, tetrum aique exile quasi hominum genus, nec alia voce notum, nisi quæ humani sermonis imaginem assignabat. Jorn., R. Get., 8.--Aliorumnas, Aliorumnas, All-runn (qui cuneta nevit.).

Nous venons de dire que les Goths étaient issus de la Scandinavie, et en effet ils n'habitaient l'orient de l'Europe que depuis la fin du iie siècle de notre ère. Émigrés de leur patrie par suite de guerres intestines qui tenaient, selon toute apparence, aux luttes religieuses de l'odinisme, ils quittèrent la côte scandinave de concert avec les Gépides, qui leur servaient d'arrière-garde[18]. Du point de la Baltique où ils débarquèrent, ils se mirent en marche à travers la grande plaine des Slaves, se dirigeant vers le soleil levant, et ils arrivèrent après de longues fatigues et des combats continuels à l'endroit où le Borysthène ou Dniéper se jette dans la mer Noire. Ils se divisèrent alors et campèrent par moitié sur chacune des rives, les Gépides ayant dirigé leur marche plus au midi. La partie de la nation gothique cantonnée à l'orient du fleuve prit par suite de cette circonstance le nom d'Ostrogoths, c'est-à-dire Goths orientaux; l'autre celui de Visigoths, Goths occidentaux: ce furent les noyaux de deux États séparés qui grandirent et se développèrent sous des lois et des chefs différents[19]. Les Ostrogoths élurent leurs rois parmi les membres de la famille des Amales, les Visigoths dans celle des Balthes[20]. Intelligents, actifs, ambitieux, les Goths firent des conquêtes, ceux de l'ouest dans la Dacie qu'ils subjuguèrent jusqu'au Danube, ceux de l'est sur les tribus de la race slave. Mêlés bientôt aux affaires de Rome, comme des ennemis redoutables ou des auxiliaires précieux, les Visigoths y consumèrent toute leur activité, tandis que les Ostrogoths s'aguerrissaient dans des luttes sans fin et sans quartier contre les races les plus barbares. De proche en proche, ils soumirent les plaines de la Sarmatie et de la Scythie jusqu'au Tanaïs du côté du nord, jusqu'à la Baltique du côté de l'ouest. Un de leurs rois, Ermanaric[21], employa son long règne et sa longue vie à se battre et à conquérir; maître de la race slave, il retomba de tout le poids de sa puissance sur les peuples de race germanique et réduisit à l'état de vasselage jusqu'aux Gépides et aux Visigoths, ses compatriotes et ses frères[22].

[Note 18: ][(retour) ] Jorn., R. Get., 6.