[Note 491: ][(retour) ] Tunc, ut illius gentis mos est, crinium parte truncata, informes facies cavis turpavere vulneribus, ut præliator eximius non fæmineis lamentationibus et lacrymis, sed sanguine lugeretur virili... Jorn., R. Get., ibid.

Que s'était-il passé durant cette fatale nuit? Les bruits qui circulèrent là-dessus hors du palais furent divers et contradictoires; mais le soin même que mirent les chefs des Huns à prouver que la mort de leur roi avait été naturelle, accrédita une version plus sinistre. On prétendit qu'Ildico avait frappé d'un coup de couteau son mari endormi; quelques-uns ajoutaient qu'un écuyer du roi l'avait aidée dans la perpétration de son crime, et que l'attentat avait été commis à l'instigation d'Aëtius[492]. Les documents latins qui nous fournissent cette dernière indication donnent lieu de supposer un complot domestique du genre de celui qu'avait tramé quatre ans auparavant le premier ministre de Théodose, mais plus perfide et mieux ourdi. La tradition germanique attribue pour unique mobile à la jeune femme le sentiment de la vengeance et une profonde haine pour l'homme qui, après avoir tué et dépouillé sa famille, venait abuser de sa beauté. La version convenue parmi les Huns, version destinée sans doute à prévenir des accusations, des recherches dangereuses pour la paix, et peut-être une dissolution immédiate de l'empire, fut que le roi était mort d'apoplexie; que, sujet à des saignements de nez, il avait été surpris par une hémorragie, couché sur le dos, et que le sang, ne trouvant pas son passage habituel au dehors, s'était amassé dans sa gorge et l'avait étouffé[493]. Voici ce que les enfants d'Attila, les chefs et les grands de la cour répandirent en tout lieu par prudence, par politique, par orgueil, et ce qui devint le récit avoué et officiel de sa fin.

[Note 492: ][(retour) ] Attilas... sanguinis fluxu ex naribus per noctem prorumpente... mortuus est--A pellice, ut vulgo credebatur, e medio sublatus; nam alii tradiderunt Attilæ spatharium ab Aëtio patricio corruptum dominum suum confodisse. Joan. Malal. Chronogr., II. P.--Attila, Aëtii hortatu, noctu... mulieris manu cultroque confoditur. Marcellin. Comit. Chron., ann. 453.--Attila sanguine ex naribus prorumpente extinctus est, noctuque cum pellice Hunna, quæ puella de nece suspecta fuit, dormiens... Chron., Pasch.--Voir ci-dessous le chapitre des traditions germaniques qui admettent l'hypothèse du meurtre d'Attila par les mains de sa femme.

[Note 493: ][(retour) ] Resupinus jacebat, redundansque sanguis, qui ei solite de naribus effluebat, dum consuetis meatibus impeditur, itinere ferali faucibus illapsus, eum extinxit... Jorn., R. Get., 49.--Attila in sedibus suis moritur, fluxu sanguinis e naribus subito erumpente. Cassiod., Fast., ad ann. 453... Cf. Paul. Diac., Hist. Long.

Les funérailles de ce potentat du monde barbare furent célébrées avec une pompe sauvage digne de sa vie. Une tente de soie dressée dans une grande plaine, aux portes de la bourgade royale, reçut son cadavre, qui fut déposé sur un lit magnifique[494], et des cavaliers d'élite, choisis avec soin dans toute la nation, formèrent alentour des courses et des jeux comparables aux combats simulés des cirques romains. En même temps les poëtes et les guerriers entonnèrent dans la langue des Huns un chant funèbre que la tradition gothique conservait encore au temps de Jornandès, et que nous reproduirons tel que cet historien nous l'a laissé. «Le plus grand roi des Huns, y était-il dit, Attila, fils de Moundzoukh, souverain des plus vaillants peuples, posséda seul, par l'effet d'une puissance inouïe avant lui, les royaumes de Scythie et de Germanie. Il épouvanta par la prise de nombreuses cités l'un et l'autre empire de la ville de Rome: comme on redoutait qu'il n'ajoutât le reste à sa proie, il se laissa apaiser par les prières et reçut un tribut annuel. Et après avoir fait toutes ces choses, par une singulière faveur de la fortune, il est mort, non sous les coups de l'ennemi ni par la trahison des siens, mais dans la joie des fêtes, au sein de sa nation intacte, sans éprouver la moindre douleur. Qui donc racontera cette mort, pour laquelle nul n'a de vengeance à demander[495]?» L'armée, rangée en cercle autour de la tente, répétait ce chœur avec des hurlements lamentables. Aux marques de douleur succéda ce que les Huns appelaient une strava[496], c'est-à-dire un repas funèbre où l'on but et mangea avec excès, car c'était la coutume de ce peuple de mêler la débauche à la tristesse des funérailles. On s'occupa ensuite d'ensevelir le roi. Son cadavre fut enfermé successivement dans trois cercueils: le premier d'or, le second d'argent, et le troisième de fer, pour signifier que ce puissant monarque avait tout possédé: le fer, par lequel il domptait les autres nations; l'or et l'argent, par lesquels il avait enrichi la sienne. On choisit l'obscurité de la nuit pour le confier à la terre, et l'on plaça à ses côtés des armes prises sur un ennemi mort, des carquois couverts de pierreries et des meubles précieux dignes d'un pareil roi; puis, afin de dérober tant de trésors à l'avidité ou à la curiosité humaine, les Huns égorgèrent les ouvriers qu'ils avaient employés à creuser la fosse ou à la combler[497]. Les signes prophétiques et les prodiges ne firent pas défaut à un si grand événement. On raconta que, la nuit même de la mort d'Attila, l'empereur Marcien avait vu en rêve un arc brisé: cet arc, c'était la puissance des Huns[498]. En effet, la puissance hunnique fut brisée avec la vie du conquérant qui, après avoir fondé un empire au moins égal en étendue à celui d'Alexandre, laissa une succession aussi contestée que celle du Macédonien.

[Note 494: ][(retour) ] In mediis siquidem campis, et intra tentoria serica cadavere collocato, spectaculum admirandum, et solemniter exhibetur... Jorn., R. Get., 49.

[Note 495: ][(retour) ] Præcipuus Hunnorum rex Attila, patre genitus Mundzucco, fortissimarum gentium dominus, qui inaudita ante se potentia solus Scythica et Germanica regna possedit, nec non utraque Romanæ urbis imperia captis civitatibus terruit, et ne præda reliqua subderet, placatus precibus, annuum vectigal accepit... Quumque hæc omnia proventu felicitatis egerit, non vulnere hostium, non fraude suorum, sed gente incolumi inter gaudia lætus, sine sensu doloris occubuit. Quis ergo hunc dicat exitum, quem nullus existimat vindicandum? Jorn., R. Get., 49.

[Note 496: ][(retour) ] Stravam super tumulum ejus, quam appellant ipsi, ingenti commessatione concelebrant... Jorn., R. Get., ibid.

[Note 497: ][(retour) ] Et ut tot et tantis divitiis humana curiositas arceretur, operi deputatos detesbali mercede trucidarunt... Jorn., R. Get., 49.

[Note 498: ][(retour) ] Nocte illa, qua Attila extinctus fuerat, Marcianus imperator vidisse dicitur in somnis arcum Attilæ fractum esse. Chron. Pasch., ann. 453.