Ainsi finit le dernier des Attiliens, comme s'exprime Jornandès[611], dont on puisse reconstruire la biographie à l'aide des indications de l'histoire. Les Romains, qui aimaient à jouer sur les mots, trouvèrent dans la mort de Mundus une occasion de plaisanterie. On avait découvert dans les oracles sibyllins un vers obscur qui disait que lorsque l'Afrique serait prise, le monde périrait avec sa postérité: Africa capta, Mundus cum prole peribit[612]. L'Afrique avait été recouvrée par Bélisaire; Mundus et Maurice venaient de périr; l'oracle n'était-il pas accompli? Quelques superstitieux voulurent bien le croire, la foule n'y vit qu'un jeu de mots qui l'amusa, et ce fut l'oraison funèbre du petit-fils d'Attila devenu Romain.
[Note 611: ][(retour) ] Attilani origine descendens. Jorn., R. Get., 17.
[Note 612: ][(retour) ] Tunc Romani in memoriam revocarunt sibyllinum oraculum, quod antea decantatum prodigii loco habebant. Sic enim illud accipiebant, ut dicerent, post captam Africam, orbem cum sua progenie ad interitum redactum iri. Non erat hæc sententia vaticinii: sed prænuntiatio Africæ redditæ in ditionem romanam; id sequebatur, tunc Mundum cum filio periturum. Etenim his verbis constabat: Africa capta, Mundus cum prole peribit. Et quoniam Mundus latine orbem universum significat, ad orbem oraculum referebant. Procop., Bell. Goth., lib. I, cap. 7.
CHAPITRE TROISIÈME
Suites de la mort de Denghizikh; dissolution de son royaume; constitution de nouvelles hordes sur le Volga et sur le Don.--Huns outigours et Huns coutrigours.--Première apparition des Slaves: Antes, Vendes, Slovènes.--Type physique et mœurs des Slaves.--Commencement des Bulgares; portrait de ce peuple; sa religion, ses mœurs.--Alliance hunno-vendo-bulgare.--Les confédérés attaquent l'empire romain.--Combat de la Zurta; les Romains attribuent leur défaite aux sortiléges des Bulgares.--Les Gépides vendent aux Slaves le passage du Danube.--Nouvelles expéditions des Huns, des Bulgares et des Slaves; caractère de chacune de ces barbaries.--État de l'empire romain dans les premières années du VIe siècle: le nestorianisme et l'eutychéisme divisent l'église d'Orient.--Les Césars de Byzance se font théologiens: Hénotique de Zénon.--Anastase le Silentiaire, empereur; son goût pour la théologie; il n'est couronné qu'après avoir souscrit la formule du concile de Chalcédoine.--Bonnes qualités et défauts d'Anastase.--Il remet en vigueur l'hénotique de Zénon; ses erreurs gnostiques; il opprime les orthodoxes.--Révolte à Constantinople; guerre religieuse dans le nord de l'empire.--Vitalianus.--Le Sénat traite au nom d'Anastase; conditions de la paix.--Anastase construit le long mur pour garantir Constantinople.--Nouveaux ravages des Huns.--Mort d'Anastase.--Justin met le Danube en état de défense.--Tranquillité de l'empire sous son règne; il s'associe son neveu Justinien.
463--527
Tandis qu'Hernakh et les autres fils d'Attila, qui étaient devenus hôtes de l'empire, se façonnaient à la vie sédentaire, les Huns nomades, que l'ascendant de Denghizikh avait cessé de maîtriser, retombèrent dans leurs anciennes discordes. De l'Hunnivar au Volga, du Tanaïs au Caucase, les campements des Huns n'offrirent plus qu'un vaste champ de bataille où leurs tribus s'entre-déchirèrent. «On eût pu croire, dit un historien contemporain, que ce redoutable nom allait être effacé du monde»[613]. A la guerre civile se joignit la guerre étrangère.
[Note 613: ][(retour) ] Adeo ut patriam etiam appellationem amitterent. Agath., Hist. V, p. 171.
Au bout de vingt ans environ, et dans les dernières années du Ve siècle, quand les éléments de ce chaos commencèrent à se débrouiller, voici l'aspect que présenta l'ancien royaume de Denghizikh: des tribus hunniques avaient disparu sans laisser de trace, d'autres avaient changé de demeure; des peuplades lointaines s'étaient rapprochées, des groupes nouveaux s'organisaient, et sous des noms jusqu'alors inconnus on voyait s'élever des dominations déjà redoutables.