[Note 661: ][(retour) ] Alios cum bobus et ovibus, quos in patriam abducere non poterant, in tuguria compactos, immisericorditer cremabant. Ita Sclaveni illos, in quos incidebant, necare erant soliti... Id., ibid.
[Note 662: ][(retour) ] Constantin Porphyrogénète, De Administrat. Imper., 32, nous peint la Servie, après une expédition des Bulgares, comme étant devenue un pays de chasse: «Non invenit in ea regione præter viros quinquaginta sine liberis et uxoribus venatione victitantes».
[Note 663: ][(retour) ] Theophan., Chronogr., p. 185, et pass.
En parcourant dans les historiens du temps ces lugubres tableaux, on se demande d'abord pourquoi l'empire romain ne se leva pas comme un seul homme pour mettre un terme à tant de misères; mais les mêmes historiens nous fournissent la réponse: l'empire avait toute autre chose à faire. D'autres intérêts, d'autres luttes, passionnées jusqu'à la fureur, absorbaient les générations contemporaines, et ne permettaient pas d'entendre les cris de détresse partis des provinces du Danube. L'église d'Orient traversait alors une des crises les plus formidables et les plus longues qui aient ébranlé le christianisme. La question de savoir si les deux natures divine et humaine étaient séparées ou réunies dans la personne de Jésus-Christ, et quelle part revenait à chacune d'elles dans l'œuvre de la rédemption, question aussi délicate qu'importante à résoudre, avait été, en 428, jetée par le patriarche de Constantinople, Nestorius, dans la discussion publique, et depuis lors elle n'en était plus sortie; ou plutôt, grandissant par la controverse, où la subtilité grecque se donnait amplement carrière, elle était devenue l'unique occupation des esprits. Nestorius avait nié l'union personnelle des deux natures, prétendant que le Verbe divin, après son incarnation, avait habité simplement dans l'humanité comme dans un temple[664], et refusant à Marie le titre de mère de Dieu: le moine Eutichès releva le défi, mais se plaçant précisément au point opposé, il confondit les deux natures jusqu'à faire mourir la Divinité sur la croix[665]. Ces deux solutions extrêmes faussaient également le christianisme: la première faisait évanouir le mérite de la rédemption en transformant le sacrifiée sanglant du Calvaire en une pure apparence et en un spectacle sans réalité; la seconde aboutissait à l'absurde conséquence du suicide de Dieu même. En vain le concile de Chalcédoine; avec l'autorité de la tradition et la saine interprétation des Écritures, formula la doctrine orthodoxe des deux natures en une seule personne; en vain l'église romaine adopta les décisions du concile comme la voix du christianisme lui-même: l'esprit grec n'abandonnait pas aisément la dispute. Les hérésies de Nestorius et d'Eutychès donnèrent naissance à d'autres hérésies moins absolues, que chacun put pondérer à sa guise et qui n'eurent de limites que l'infini. Il naquit aussi, dans une intention plus honnête que celle d'être chef de secte, des hérésies de conciliation, si l'on peut ainsi parler, lesquelles cherchèrent à mettre des contre-poids dans les dogmes, et combinèrent les erreurs pour en tirer une vérité qui ne blessât personne. Ces dernières tentatives ne firent qu'obscurcir la question, altérer le sens religieux, et jeter en Orient la foi chrétienne dans un dédale inextricable[666].
[Note 664: ][(retour) ] Fleury, Hist. eccles., XXX, 28 seqq.
[Note 665: ][(retour) ] Theodor., Lect. I, 21, 22.--Niceph. Calist. XV, 28.--Evagr. II, 3.
[Note 666: ][(retour) ] Evagr. III, 7, 8, 9.--Theodor., Lect. I, 34.--Niceph. Calist, XVI, 6, 7, et seqq.--Cf. Fleur., Hist. ecclés., XXX, 28, 31.
Ce fut un des malheurs de l'église orientale d'avoir toujours à compter avec les empereurs non-seulement en matière de discipline, mais aussi pour le règlement des dogmes: legs fatal de la succession du grand Constantin. Les césars de Byzance, patriciens, soldats ou bouviers, se crurent tous tenus d'être théologiens. Il en arriva mal plus d'une fois à eux-mêmes, et surtout à l'empire. On sait comment les formulaires de l'empereur Constance, ses décisions canoniques appuyées par les légions, troublèrent profondément l'Église, rendirent confiance et autorité au polythéisme et préparèrent la réaction païenne de Julien[667]; on sait aussi que la funeste séparation qui se manifesta au sein du christianisme, entre les Barbares devenus presque tous ariens et les Romains catholiques, fut due au prosélytisme insensé de Valens[668]: les triomphes de Valens et de Constance empêchèrent, à ce qu'il paraît, l'empereur Zénon de dormir, car il eut la prétention de terminer par un décret impérial la controverse des deux natures. Ce décret, qu'il publia en 482, sous le titre d'hénotique, c'est-à-dire d'acte d'union, laissa l'Église plus divisée que jamais. L'hénotique présentait une formule de foi que les évêques devaient souscrire, et l'empereur, pour montrer son impartialité comme juge et sa supériorité comme théologien, y condamnait tout le monde, lançant l'anathème à droite et à gauche sur les décisions présentées avant lui, et mettant le concile de Chalcédoine à peu près au niveau d'Eutychès et de Nestorius. Tout le monde étant condamné, naturellement personne ne fut content; les évêques résistèrent, et l'épée des soldats fut employée à les convaincre. Zénon mourut sur ces entrefaites, heureusement pour la paix du monde[669]. Sa fin fut entourée de mystère. On raconta que pendant un des accès d'épilepsie auxquels il était sujet et que provoquait son intempérance, des officiers de sa cour, ses compagnons de débauche, l'avaient porté vivant dans un sépulcre, où il avait été trouvé plus tard, les poings rongés[670]. Sa femme, Ariadne, se hâta de le pleurer, et dans le premier trouble où le changement de règne jetait Constantinople, elle recommanda au choix du sénat, de l'armée et du peuple[671], Anastase le Silentiaire.
[Note 667: ][(retour) ] Voir Histoire de la Gaule sous l'administration romaine, t. III, ch. 5.
[Note 668: ][(retour) ] Voir ci-dessus Histoire d'Attila, ch. 1.