[Note 669: ][(retour) ] Evagr. III, 8, 9, 10.--Théodor., Lect. II.--Theophan., Chronogr.,--Vict., Tun. Chron.--Niceph., Calist. XV, 28; XVI, 11.--Cf. Fleury. Hist. ecclés., XXX.

[Note 670: ][(retour) ] Ferunt inventum... Zenonem, qui prae fame suos ipse lacertos mandiderat. Cedren., p. 355.

[Note 671: ][(retour) ] Evagr. III, 32.--Theodor., Lect., p. 558.--Theophan., Chronogr., p. 116, 117.

Sous plus d'un rapport, le choix n'était pas mauvais, et on l'accueillit avec faveur. Attaché en qualité de chambellan aux petits appartements du prince, qui s'appelaient dans le langage ampoulé de l'étiquette byzantine, l'asile du silence[672], Anastase avait la réputation d'un homme d'esprit sans ambition, honnête, bienfaisant et pieux à sa manière. Il avait plu jadis à l'impératrice Ariadne, qui profita de son veuvage pour en faire un empereur et l'épouser. Malgré son âge de soixante ans et ses cheveux d'une blancheur éclatante, Anastase paraissait encore beau; ses traits réguliers et fins étaient empreints d'une grande douceur, et ses yeux dispairs, dont l'un était noir et l'autre bleu, attiraient l'attention par leur expression singulière[673]. De toutes les passions qui avaient pu agiter sa vie, Anastase n'en avait pas eu de plus constante et de plus vive que la théologie. Dans sa jeunesse, il s'était livré avec ardeur aux spéculations religieuses; il avait eu son système à lui, son hérésie, son symbole de foi. Devenu silentiaire, il s'oubliait encore jusqu'à venir catéchiser dans l'église de Constantinople, où il soutint des thèses qui n'étaient pas toujours orthodoxes. Le patriarche s'en étant plaint à l'empereur, Zénon lui conseilla de faire prendre son chambellan par des clercs, de le faire tondre comme un moine, et de l'offrir dans cet état à la risée publique[674]. Cette menace calma l'ardeur théologique du silentiaire, qui sembla avoir mis de côté toutes ses erreurs; mais le patriarche lui avait gardé rancune: quand le sénat, le peuple et l'armée proclamèrent Anastase empereur, le patriarche déclara qu'il ne le couronnerait pas. Or c'était un usage passé presque en force de loi que l'évêque de la métropole impériale posât la couronne sur le front du césar nouvellement élu, ce qui donnait à l'autorité spirituelle, sinon le droit d'approuver l'élection, au moins celui d'y créer des embarras, et il pouvait être dangereux de passer outre. Ariadne alarmée fit intervenir les chefs du sénat; elle intervint elle-même, et un accommodement fut négocié entre Anastase et le patriarche. Le nouvel auguste s'engagea à souscrire la formule du concile de Chalcédoine, et à en faire observer les canons[675]; l'engagement fut pris par écrit, signé de sa main impériale, déposé dans le trésor de l'église métropolitaine et précieusement gardé comme une pièce de conviction qu'on opposerait à l'empereur parjure, s'il lui arrivait de manquer à la condition essentielle de son couronnement. On se doute bien que le certificat d'Anastase eut le sort de beaucoup de chartes, programmes, serments, concessions de tout genre, faits, octroyés, subis, à toutes les époques, sous la dictée de la nécessité.

[Note 672: ][(retour) ] Anastasium Silentiarium... Theophan. Chronogr., p. 116.--Qui in palatio Imperatoris militantes, ea quæ sunt quietis curarent, Silentiarii sunt appellati. Procop., Bell. Pers., 11.

[Note 673: ][(retour) ] Cette différente couleur de ses yeux lui avait fait donner le surnom de Dicore, ὁ δίκορος. Theophan., p. 117.

[Note 674: ][(retour) ] Eversa ejus in ecclesiæ cœtu sella, minatus est, ni quantocius desisteret, ejus caput se rasurum et in plebem traducturum. Theophan., Chronogr., p. 116.

[Note 675: ][(retour) ] Areadna imperatrice, senatuque ad exhibenda postulata impellentibus, chartam propria manu subscriptam, qua velut fidei normam Chalcedonensis synodi decreta se acceptare profiteretur, ab eo traditam accepit Euthymius, exin ab eo coronatus. Theoph., Chronogr., p. 117.

Tout marcha bien d'abord: Anastase administrait sagement; il était économe des deniers publics, ennemi de la corruption et de la vénalité des charges, bienveillant pour les personnes; il abolit des impôts odieux, apporta des réformes dans les mœurs et défendit entre autres choses les combats sanglants des hommes contre les bêtes[676]. Dans sa vie privée, il était dévot sans être chrétien, allait à l'église avant le jour, jeûnait, faisait de grandes aumônes; le peuple le regardait comme un saint, et criait sur son passage: «César, règne comme tu as vécu!» Mais bientôt les sectaires, ses anciens compagnons d'hérésie, commencèrent à l'assiéger, et le pouvoir de tout faire réveilla en lui le démon du prosélytisme religieux. Né d'une mère manichéenne[677], Anastase avait sucé avec le lait le goût des rêveries persanes qu'il mêlait secrètement à son christianisme: c'était la tendance particulière de son esprit. Les vrais chrétiens, à ses yeux, se trouvaient dans cette bizarre école dirigée par un esclave persan devenu évêque, et où l'on prétendait marier la religion de Zoroastre à celle du Christ. Anastase en répandit les missionnaires dans tout l'Orient. Lui-même se fit construire au palais impérial un oratoire dont les murs étaient couverts de figures d'animaux et de symboles de toute sorte en usage chez les manichéens et les gnostiques. Enfin le bruit courut qu'il travaillait à une nouvelle traduction des Évangiles, attendu, disait-il, que la version vulgaire était incorrecte et rustique. Ces essais d'immixtion aux choses religieuses eurent lieu d'abord avec quelque prudence; ce qui retenait l'empereur, c'était son engagement écrit d'observer les canons du concile de Chalcédoine, engagement gardé au trésor de l'église de Constantinople en même temps que les actes eux-mêmes du concile. Rien ne lui eût coûté pour le tenir en sa possession: il essaya de corrompre le trésorier Macédonius, devenu patriarche de Constantinople, il essaya de l'effrayer, le tout sans succès. Il fut plus heureux avec les actes originaux du concile[678], qu'un prêtre lui livra pour de l'argent, et qu'il déchira et brûla de sa main. L'insensé crut voir son serment s'exhaler dans la flamme avec ces pages qu'il avait juré de maintenir.

[Note 676: ][(retour) ] Evagr., III, 30, 38.--Theodor. Lect., p. 566.--Cedren., p. 358, 377.--Theophan., p. 123.--Zonar., t. II, p. 45.--Conc., t. IV, p. 1185.