[Note 677: ][(retour) ] Theophan., Chron., p. 117.--Theodor. Lect., l. II.

[Note 678: ][(retour) ] Imperator illico Chalcedonensium Actorum libellum, quem Macedonius in arca sanctiore deposuerat per Calepodium quemdam furtim sublatum conscidit atque igni tradidit. Nicephor., XVI. 26.--Cf. Baron., Ann. eccles., t. IX, p. 99.

La conscience ainsi allégée, Anastase ouvrit une campagne contre le catholicisme: son plan d'attaque ne manqua ni d'habileté ni de puissance. Il remit en vigueur l'hénotique de Zénon, qui avait le caractère d'une loi de l'empire, et tout en affectant un grand zèle pour ce formulaire qui anathématisait tous les autres, il lâcha la bride aux nestoriens, aux eutychéens, aux ariens, en un mot à tout ce qui n'était pas catholique. Toute hérésie lui semblait bonne, pourvu qu'elle reniât le concile de Chalcédoine, son épouvantail. Il en résulta une anarchie de doctrines sans exemple et sans nom. Anastase attaqua alors la liturgie, dans laquelle il introduisit des innovations qui recélaient le venin de ses doctrines; les prêtres résistèrent; le peuple se souleva, mais des soldats, l'épée au poing, firent chanter une doxologie de la façon de l'empereur[679]. Une troupe de moines syriens étant descendue d'Asie à Constantinople pour assommer le patriarche, d'autres moines accoururent le défendre; on se battit dans les cloîtres, on se battit dans les églises. A Constantinople, où la population était en grande majorité catholique, des processions de prêtres, de bourgeois, de soldats, tous armés, se mirent à parcourir les rues sous les bannières militaires jointes à celle de la croix, mêlant au chant des litanies des cris de guerre et des malédictions contre l'empereur. Ces processions se rendaient au cirque, où l'on tenait concile en plein vent. Une de ces assemblées osa déposer Anastase[680], qui la fit dissoudre à grands coups de lance par les gardes du palais. Le peuple de son côté ne montrait guère plus de modération. Tout prêtre suspect de complicité ou simplement de faiblesse vis-à-vis d'Anastase était égorgé sans miséricorde, et on promenait sa tête au bout d'une pique. Un moine et une religieuse que l'empereur affectionnait périrent ainsi massacrés, et leurs cadavres liés ensemble allèrent balayer le pavé des rues.

[Note 679: ][(retour) ] Cum... omnibus ecclesiis, per libellum scriptum edixit ut ter sanctum hymnum, non omisso addimento, in publicis processionibus decantarent... tumultus vehemens exortus est, multarum domorum visa incendia, et innumeræ cædes patratæ... Theophan., p. 136.--Imperator cum in hynmo trisagio has voces adjicere voluit: Qui crucifixus est pro nobis, gravissima seditio exorta est, perinde quasi christiana religio funditus everteretur. Evagr., III, 44.

[Note 680: ][(retour) ] Populi confusa plebe contumeliosis vocibus Anastasium impetente, et alium ad imperium advocante, Manichæum et imperio prorsus indignum clamitans... Theophan., Chronogr., p. 136.

Ces horreurs présageaient une guerre civile, qui ne tarda pas à éclater, et elle éclata précisément dans ces provinces du Danube ravagées si violemment par la guerre étrangère, mais où la foi catholique était enracinée. Un général illyrien, nommé Vitalianus, d'ancienne souche barbare, leva le drapeau de l'orthodoxie catholique, sous lequel accoururent par milliers les habitants des campagnes, les citadins, les soldats. En trois jours, il réunit une grande armée. On laissait là sa maison, sa famille à l'aventure, exposées au fer des Bulgares; les garnisons romaines désertaient leur poste, pour courir à la croix; il se présenta même des Huns comme auxiliaires de l'orthodoxie, et on les accepta[681]. Vitalien marcha sur Constantinople et mit le siége devant la Porte dorée; mais le sénat et les plus notables habitants s'interposèrent pour empêcher une prise d'assaut. On négocia au nom d'Anastase, dont on se rendit garant, et la guerre traîna en longueur. Vitalien, que ses partisans voulaient nommer empereur[682], mais qui avait plus de foi que d'ambition, consentit enfin à traiter sous les sécurités qu'on lui offrait. Ses conditions furent: le rappel des évêques exilés, la convocation d'un concile œcuménique sous la présidence de l'évêque de Rome, dont la foi dans ces difficiles matières n'avait jamais varié, l'arbitrage du même évêque entre les prélats orientaux et l'empereur en cas de dissentiment possible; et comme on savait ce que valaient les serments d'Anastase, Vitalien exigea que le sénat, le corps des magistrats et les premiers citoyens de la ville souscrivissent aussi ces conditions[683]. Il se fit remettre en outre le commandement suprême des forces stationnées dans le voisinage de Constantinople. Ainsi Anastase fut placé sous la triple tutelle des habitants de sa ville impériale, d'un de ses généraux et d'un évêque étranger. On croyait avoir bien rivé sa chaîne, et il échappa. Le concile œcuménique, toujours convoqué, une fois réuni, ne délibéra jamais[684]; le pape ne gagna rien non plus sur l'empereur malgré sa fermeté; Vitalien se vit enlever son commandement, et les catholiques découragés remirent l'épée dans le fourreau. Ne penserait-on pas, à la lecture de ces faits déjà vieux de treize siècles et demi, parcourir sous des noms, des costumes, des formules différentes, le récit de quelque événement d'hier? Ce roi en tutelle sous son peuple, ces engagements écrits, ces serments arrachés, niés, éludés, tout cela ne nous reporte-t-il pas à des scènes dont nous ou nos pères avons été témoins? C'est que les passions des hommes et leurs allures sont les mêmes, quel que soit le mobile qui les pousse et le court moment où ils s'agitent: seulement sommes-nous bien sûrs d'avoir toujours eu dans nos discordes politiques un mobile aussi respectable et aussi sérieux que devait l'être pour des générations chrétiennes une atteinte portée au dogme fondamental de leur foi?

[Note 681: ][(retour) ] Vitalianus... ducens secum ingentem Hunnorum et Bulgarorum numerum... Theophan., p. 137.--Anast., p. 54.--Cedren., t. I, p. 360.

[Note 682: ][(retour) ] Plebe... uno consensu, ceu jam declaratum imperatorem, acclamante Vitalianum, Theophan., loc. cit.

[Note 683: ][(retour) ] Anastasius rebus in desperatis senatorii ordinis nonnullos qui de pace agenda eum rogarent, misit: juravitque una cum universo senatu episcopos exules se rovocaturum. His additum voluit Vitalianus, ut unius cujusque scholæ principes idem jurejurando assererent: et ita demum convocaretur synodus ad quam pontifex romanus et cuncti accederent episcopi... Theophan., Chronogr., p. 137.--Cedren., t. I, p. 360.

[Note 684: ][(retour) ] Accesserunt etiamnum ex diversis locis episcopi circiter ducenti: qui a scelesto Imperatore delusi, re infecta recessere. Theophan., ibid.