[Note 551: ][(retour) ] Non accies tu posthac--ad genua tua--Erpum atque Eitillum--poculis alacres duo... Hastis manubria accommodare,--jubas demetere--neque equos impellere. Atla-Q., 39.

«A ces mots, reprend le poëte, un bruit confus s'éleva sur tous les bancs: c'était une orageuse clameur d'hommes dont les sifflements firent trembler les voûtes de la salle. Tous les yeux versaient des larmes sur la mort des fils du Hun, mais les yeux de Gudruna étaient secs. Cette femme ne connut jamais les larmes, pas plus pour ses frères au cœur d'ours que pour les doux enfants sans malice qui étaient les fruits de son sein.»

Je me hâte d'arriver au dénoûment. On ne comprend pas bien, dans les poëmes qui nous restent, comment, après une preuve si peu douteuse de son mauvais vouloir pour lui, Attila put garder encore Gudruna, et non-seulement la garder, mais l'aimer et désirer son amour. Les scaldes, il est vrai, ont soin de nous la peindre comme étant d'une beauté merveilleuse: «Elle avait, dit l'auteur de l'Atla-Quida, la blancheur du cygne, et quand elle circulait autour des tables du festin, faisant l'office d'échanson, on l'eût prise pour une déesse.» Enfin, il était dit, dans la donnée épique, qu'Attila serait aveugle dans son affection, afin que Gudruna pût couronner sa vengeance par un suprême attentat. En effet, elle le flatte, elle l'enivre de fausses caresses. «Souvent, dit le poëme déjà cité, on les vit s'embrasser comme deux amants sous les yeux des chefs.» Enfin, une nuit qu'il dormait profondément dans ses bras, appesanti par le vin qu'elle lui avait versé, elle se lève furtivement, introduit dans la chambre Aldrian, fils de Hagen qu'elle gardait près d'elle comme un instrument de meurtre, et à eux deux ils plongent une épée dans le cœur du roi. Au froid de l'acier, Attila se réveille, et, apercevant sa femme et le jeune neveu de sa femme:

«Qui de vous m'a frappé? dit-il. Avouez-le-moi en toute franchise. Qui m'a tué? car je sens que ma blessure est mortelle et que ma vie s'échappe avec mon sang.

«Gudrona.--La fille de Crimhilde ne te mentira pas. C'est elle qui t'a tué, et celui-ci l'a aidée à te faire une blessure dont tu ne dois pas guérir.

«Attila.--Qui t'a inspiré cette fureur, ô Gudruna? Il est mal de tromper un ami qui se fie à vous[552]. Pourtant je t'aimais! C'est avec l'espoir du bonheur que je briguai ta main, lorsque tu devins veuve et que je t'amenai régner avec moi dans mon royaume. On te disait altière, impérieuse, et je ne l'ai que trop éprouvé. Tu vins donc ici avec tout l'attirail d'une reine. Les plus illustres Huns te faisaient cortége. Des bœufs étaient échelonnés en abondance sur la route, et des moutons aussi; les peuples s'empressaient de fournir toutes les provisions nécessaires à ton voyage.

[Note 552: ][(retour) ] Tu furenter adgressa es necem,--etsi non esset congruum,--malum est fallere amicum--qui bene tibi confidit. Atla-M., 90.

«Je te donnai pour cadeau de noces trente cavaliers équipés et vingt belles vierges destinées à te servir; ce que je te donnai en or et en argent, personne ne pourrait le compter. Et comme si tout cela n'était que néant, tu ne te montras point satisfaite; c'était mon royaume que tu voulais, et c'est pour cela sans doute que tu m'as tendu ce piége. Rien de ce qui venait de moi ne semblait te plaire; tu faisais sécher ta belle-mère de douleur. Ah! depuis ce fatal mariage, aucun de nous n'a connu la paix!

«Gudruna.--Tu mens, Attila[553]! Quoique je me soucie peu de récriminer sur le passé, je te dirai que c'est toi qui as troublé la paix. Ta maison était une maison de discorde: les frères s'y battaient contre les frères, les amis contre les amis, et la moitié de ta famille appartient déjà aux filles de l'enfer...

[Note 553: ][(retour) ] Nunc tu mentiris, Attale. Ibid., 95.