[Note 162: ][(retour) ] Trabariæ; Μονόξυλα.

[Note 163: ][(retour) ] Abi et vide, qua ratione volunt cives me placare, quæve dona offerre, ut hinc recedam. Chron. Pasch., p. 393.

[Note 164: ][(retour) ] Magistratibus Athanasium objurgantibus, quod Chagano ita se subdiderit. Ibid.

Enfin tout s'expliqua: la longue absence du patrice avait causé tout le malentendu. Lorsqu'il avait quitté Constantinople aux premières menaces de la guerre, Constantinople était presque sans moyens de défense, et Athanase ne le savait que trop; mais depuis lors, et sans qu'il le sût, les choses avaient changé de face[165]. Non-seulement les garnisons des villes voisines avaient été concentrées dans la métropole, mais le corps d'armée envoyé par Héraclius était arrivé sans encombre, et de plus les bourgeois, rivalisant d'ardeur avec les soldats, avaient tous pris les armes; en un mot, Constantinople, bien réparée, bien approvisionnée, bien gardée, pouvait attendre désormais ses deux ennemis avec confiance. Voilà ce qu'ignorait Athanase, retenu par le kha-kan dans la plus étroite captivité, et de son côté, le gouvernement de Byzance avait oublié que son ambassadeur devait n'en rien connaître. Après avoir reçu ces explications, et pour réparer sa faute involontaire, le patrice déclara qu'il était prêt à reporter au kha-kan, dût-il la payer de sa tête, une réponse aussi fière qu'on la voudrait[166]; mais comme il était homme consciencieux jusqu'aux scrupules les plus excessifs, il désira observer par lui-même ces moyens de défense sur lesquels on se fondait pour braver la guerre, et dont il devait en outre attester au kha-kan la réalité. Bonus le fit assister à une revue de la garnison, où il put compter douze mille cavaliers, sans parler de l'infanterie, vraisemblablement plus nombreuse. Ainsi rassuré, le patrice retourna près du kha-kan, auquel il rapporta la réponse des magistrats, à savoir: que les Romains lui conseillaient en amis de ne s'approcher ni des murs ni du territoire de Constantinople. Ces paroles jetèrent le barbare dans un violent transport de colère; il chassa l'ambassadeur de sa présence avec un geste ignominieux: «Va-t-en donc, lui dit-il, va périr avec eux, et répète-leur bien ceci: il faut qu'ils me livrent tout ce qu'ils possèdent; autrement je raserai leur ville, et j'emmènerai ses habitants en esclavage jusqu'au dernier[167]

[Note 165: ][(retour) ] Tum dixit Athanasius cæterum nescire se, ita muros esse munitos, copiasque adesse... Chron. Pasch., p. 393.

[Note 166: ][(retour) ] Nihilominus paratum se, datum Chagano responsum iisdem verbis referre. Ibid.

[Note 167: ][(retour) ] Athanasius a Chagano minime exceptus est, illo dicente, sibi omnia esse tradenda, sin minus, urbem funditus eversurum se, et quotquot in ea erant, abducturum. Chron. Pasch., p. 393.

L'avant-garde avare, pendant ces pourparlers, se tenait dans son camp de Mélanthiade, n'osant faire aucun mouvement; une faute des assiégés l'enhardit. Quelques cavaliers de la garnison, qui manquait de fourrage pour ses chevaux, sortirent accompagnés de valets armés de faux pour aller couper du foin dans la campagne. Aperçus par les Avares, il furent chargés aussitôt, tués ou mis en fuite, et les Barbares profitèrent de ce petit avantage pour lever leur camp de Mélanthiade, tourner à droite Constantinople et le golfe de Céras, et pénétrer par le faubourg de Sykes jusqu'à la rive du Bosphore. La nuit venue, ils y allumèrent des feux auxquels d'autres feux répondirent de l'autre côté du détroit (c'était le signal de reconnaissance convenu entre les Avars et les Perses)[168]; puis les chefs des deux troupes communiquèrent au moyen de quelques barques enlevées sur la rive. Schaharbarz fit connaître qu'il était prêt à traverser le Bosphore dès que la flottille avare serait arrivée, et insista d'ailleurs pour que l'on commençât le siége au plus tôt; mais le kha-kan n'arriva devant Constantinople que le 27 juillet, tant sa marche avait été lente. Il employa ce jour et le lendemain, soit à faire reposer ses troupes, soit à mettre à terre et à dresser son matériel de guerre, qui se composait de machines de toute sorte, soit à prendre des mesures pour déposer sa flotte en lieu sûr.

[Note 168: ][(retour) ] Hostibus ultra sinum in Sycis accedentibus, ac se Persis visendos præbentibus, qui versus Chrysopolim castra posuerant, suam inter se per ignes præsentiam significantibus... Loc. laud.

Le 31, à la pointe du jour, il développa ses lignes, qui se trouvèrent embrasser toute l'étendue de la ville d'une mer à l'autre, c'est-à-dire de la Propontide au golfe de Céras. Vue du haut des remparts, cette armée parut innombrable. «Il n'y avait pas, dit un poëte grec témoin oculaire, il n'y avait pas là une guerre simple, mais multiple, une seule nation, mais un assemblage de nations, différentes de nom, de domicile, de race et de langage. Le Slave s'y trouvait à côté du Hun, le Scythe à côté du Bulgare, et le Mède lui-même y devenait le compagnon du Scythe[169]. Sur la rive d'Europe, c'était Scylla frémissante; sur la rive d'Asie, c'était Charybde, ses aboiements et ses fureurs[170].» Les Avars formaient le centre sous le commandement immédiat du kha-kan, et l'attaque principale leur était confiée. Dans leurs rangs figurait une division de serfs gépides qu'ils avaient enrôlée malgré leur répugnance à mêler ce peuple dans leurs affaires, mais ils avaient épuisé, pour la circonstance, leurs dernières ressources en hommes. Les Slaves, rangés à l'aile gauche, se déployaient sur deux lignes, dont la première était sans armes défensives et presque nue, et dont la seconde portait des cuirasses[171]. Le matériel de siége comprenait des machines de toute sorte, soit de protection, soit d'attaque, et douze grosses tours, qui, lorsqu'on les eut montées, se trouvèrent égaler presque en hauteur les remparts de la ville. Elles étaient recouvertes de cuir qui les mettait à l'abri du feu, et la plupart des machines étaient ainsi garanties par des peaux[172]. Le kha-kan avait espéré pouvoir débarquer sa flotte de canots dans le golfe même; mais, à l'aspect des galères romaines à deux et trois rangs de rames qui garnissaient le port, il renonça à son dessein, et les fit déposer à l'embouchure du Barbyssus[173], petite rivière qui se jette à l'extrémité du golfe, sur un fond de vase et sur des atterrissements dont le peu de profondeur ne permettait pas aux grands navires d'approcher.