[Note 154: ][(retour) ] Detractam sibi coronam, Turci capiti imposuit... filium eumdem appellans. Niceph., p. 11, 12.
[Note 155: ][(retour) ] Cumque hunc ad convivium invitasset, omnia convivii vasa atque utensilia, cum regia veste et inauribus ex margaritis ei donavit. Niceph., p. 15.
La parole d'Héraclius, lorsque quelque grande pensée l'animait, était vive, pénétrante, et ceux qui l'entendaient avaient peine à lui résister: c'est ce qu'avaient éprouvé plus d'une fois les Romains, et ce qu'éprouvèrent à leur tour les sauvages enfants des steppes. Que leur dit-il? Se plut-il à leur peindre le spectacle magnifique de la civilisation opposé aux misères de la vie nomade? Leur montra-t-il les biens qui rejailliraient sur eux d'une association avec cet empire où l'équité des lois, l'ordre constant, le commerce, les arts, rendaient l'existence de tous assurée et heureuse? Fit-il apparaître dans un horizon lointain, comme le but vers lequel marchaient tous les peuples, grands ou petits, civilisés ou barbares, sédentaires ou nomades, la croix de Jésus-Christ, ce gage de rédemption qu'il allait reconquérir au fond de la Perse, avec une poignée d'hommes, sans hésitation et sans peur? On ne sait; mais l'histoire nous raconte que les Barbares restèrent ébahis et muets sous le charme de ses discours. Dans un transport d'enthousiasme, Zihébil, se levant, prit par la main son fils, dont un léger duvet couvrait à peine le visage, et supplia Héraclius de le garder près de lui, afin que cet enfant devînt un homme en l'écoutant[156]. Au milieu de ces confidences d'une amitié nouvelle, Héraclius fit voir au barbare un portrait de sa fille Eudocie, que le peintre avait représentée dans toute la fraîcheur de sa jeunesse et de sa beauté, sous le splendide costume des augustes. Le barbare, à cette vue, ne put retenir un cri d'admiration, et ses yeux ne quittaient plus l'image. «Eh bien! dit l'empereur, ce modèle de beauté est à toi si tu m'aides dans mon entreprise, et si ton peuple fait alliance avec le mien; je te promets ma fille pour épouse[157].» Les aventures romanesques ont été de tout temps du goût des Orientaux, et la conférence ne s'acheva pas que Zihébil ne fût éperdûment amoureux de la princesse[158]. Le marché fut donc conclu, et Zihébil s'éloigna, laissant quarante mille guerriers sous les drapeaux d'Héraclius[159]. Avec ce renfort, la guerre recommença plus ardente que jamais dans le nord de la Perse. Quant à Eudocie, devenue l'appoint d'un traité, elle quitta Constantinople pour aller trouver sous les tentes de feutre du désert le fiancé que son père lui avait donné; mais elle apprit en route que Zihébil, heureusement ou malheureusement pour elle (qui saurait le dire?), venait de mourir de mort violente chez les siens. Retournant donc sur ses pas, elle alla reprendre sa place à côté de sa mère dans le palais des césars de Byzance[160].
[Note 156: ][(retour) ] Ad hæc Ziebelus imperatori, ejus quippe verbis delectabatur, et ejus prospectu ac prudentia plane stupefactus hærebat, filium suum cui lanugo primum e malis tunc oriebatur, obtulit. Theophan., Chronogr., p. 264.
[Note 157: ][(retour) ] Eudociæ filiæ imaginem demonstrans, hunc in modum alloquitur: En igitur et filiam meam et Romanorum Augustam quam, si me adjuveris, et contra hostes auxilium dederis, uxorem tibi spondeo! Niceph., p. 12.
[Note 158: ][(retour) ] Ad hæc barbarus, imaginis pulchritudine et ornatu, in archetypi amorem impulsus. Id. ibid.
[Note 159: ][(retour) ] Selectos tandem viros strenuos ad quadraginta millia, Ziebelus belli socios imperatori assignavit. Theophan., Chronogr., p. 264.
[Note 160: ][(retour) ] Eudociam filiam quam Turcorum principi pactus erat, ad eum Byzantio proficisci jubet; sed cum de barbari cæde allatum esset, eodem imperatoris mandato revertitur. Niceph., p. 15.
Tandis que ces choses se passaient aux extrémités de la Perse, Schaharbarz était arrivé sur la rive orientale du Bosphore, et avait dressé son camp à Chrysopolis, aujourd'hui Scutari, tandis que l'armée avare opérait sa marche sur Constantinople. Le 29 juin, l'avant-garde du kha-kan parut au pied de la longue muraille, où elle se reposa un jour; bientôt après, elle était à Mélanthiade, sans avoir rencontré d'ennemis[161]. Elle s'y arrêta pour attendre le corps principal de l'armée ou de nouveaux ordres de son chef. Le gros de l'armée avare s'avançait péniblement à travers les boues de la Mésie, embarrassé comme il l'était de bagages, de chariots, surtout de cette multitude de canots creusés d'un seul tronc d'arbre, de monoxyles[162], comme disaient les Grecs, que les Avars convoyaient avec eux sur des chars ou des traîneaux pour servir de flottes à leurs alliés. Ces embarras forcèrent le kha-kan à faire dans Andrinople une halte prolongée; mais il voulut mettre du moins le temps à profit. Faisant amener en sa présence le patrice Athanase, que l'on conduisait à sa suite comme un prisonnier, il lui ordonna de partir sur-le-champ pour Constantinople: «Va trouver tes compatriotes, lui dit-il, et sache d'eux ce qu'il leur plaît de m'offrir pour que je n'aille pas plus loin.[163]» Athanase partit. Introduit bientôt dans le sénat, il y rendait compte de sa mission, lorsqu'un tumulte auquel il ne s'attendait pas lui permit à peine d'achever. On l'interpellait, on lui reprochait de s'être chargé d'un message outrageant pour la majesté romaine; on allait presque jusqu'à l'accuser de trahison ou tout au moins de lâcheté[164]: Athanase écoutait dans une profonde stupéfaction, ne sachant que répondre à des reproches qu'il ne comprenait pas.
[Note 161: ][(retour) ] Chron. Pasch., p. 392.--Niceph., p. 12.--Theophan., 263, 264.--Anast., 95.--Cedren., t. i, p. 415, 416.--Zonar., t. ii, p. 84.--Constant. Manass., p. 76, 77.