[Note 296: ][(retour) ] Cum consilio optimatum regni, disposuit ire in regnum Avarorum, propter intolerabilem malitiam quam in Galliarum populos et in ecclesias Dei fecerunt... Chron. S. Arnulph., ad. ann. 791.
[Note 297: ][(retour) ] Bellum maximum omnium, quod Carolus animosius quam cætera et longe majori apparatu, administravit. Eginh., Vit. Car. Magn.
L'annonce d'une expédition prochaine contre les Avars produisit dans toute la Gaule une émotion de curiosité qui n'était pas exempte d'inquiétude. De tant de guerres que Charlemagne avait accomplies dans toutes les parties de l'Europe, aucune peut-être n'avait excité au même point que celle-ci les puissances de l'imagination. Ici le pays et la nation étaient complétement inconnus, et ce qu'on en apprenait par les livres contemporains répandus en Occident, c'est que les Avars étaient un peuple de sorciers[298] qui avait mis en déroute par des artifices magiques, l'armée de Sigebert, époux de Brunehaut, et qui avait failli prendre d'assaut Constantinople, une race de païens pervers dont la rage s'attaquait avant tout aux monastères et aux églises. Les érudits qui connaissaient la filiation des Huns et des Avars en disaient un peu davantage. Confondant le passé et le présent et attribuant la même histoire aux deux branches collatérales des Huns, ils racontaient les dévastations d'Attila, fléau de Dieu, et sa campagne dans les Gaules. A ce nom, que la tradition prétendait connaître mieux encore que l'histoire, les récits devenaient inépuisables, car il était écrit en caractères de sang dans les chroniques des villes et dans les légendes des églises. Metz parlait de son oratoire de Saint Étienne, resté seul debout au milieu des flammes allumées par Attila; Paris rappelait sainte Geneviève, Orléans saint Agnan, Troyes saint Loup; Reims montrait les cadavres décollés de Nicaise et d'Eutropie; Cologne, les ossements accumulés des onze mille compagnes d'Ursule: qui n'avait pas ses martyrs et ses ruines?
[Note 298: ][(retour) ] Fredeg.--Paul. Diac.--Voir ci-dessus Hist. des Avars, t. i.
C'était dans ces narrations colorées par la poésie des âges que se déployait le savoir des clercs. Les gens de guerre, les poëtes mondains, les femmes surtout, puisaient de préférence dans une autre source de traditions, dans ces chants épiques en idiome teuton dont Attila était un des héros, qui se répétaient partout, et auxquels Charles lui-même venait de donner une nouvelle vogue en les réunissant[299]. C'est là qu'on étudiait la vie du terrible conquérant, ses amours, ses femmes, sa mort tragique des mains d'une jeune fille germaine la nuit de leurs noces. Comment cette poésie amoureuse se mêlait-elle à la légende? Simplement et sans apprêt, comme nous le font voir quelques restes de la littérature du temps. «Le grand roi Charles, dit le moine saxon, poëte et historien de Charlemagne, avait hâte de rendre aux Huns ce qu'ils méritaient. En effet, tant que cette nation fut florissante et dominatrice des autres, elle ne cessa de faire du mal aux Franks, témoin Saint-Étienne de Metz et tant d'autres églises livrées à l'incendie, jusqu'au jour où son roi Attila, frappé mortellement par une femme, fut envoyé au fond du Tartare..... C'était dans le cours d'une nuit paisible, quand tous les êtres animés sont ensevelis dans le repos; lui-même dormait accablé de vin et de sommeil, mais sa cruelle épouse ne dormait point; l'aiguillon de la haine la tenait éveillée, et, reine, elle osa accomplir sur le roi un attentat horrible[300]. Il est vrai qu'elle vengeait par ce meurtre le crime de son père assassiné par son époux. Depuis lors la puissance des Huns tomba comme par un coup du ciel... Les défaites infligées aux pères et les outrages faits aux enfants stimulaient l'esprit du roi Charles, qui gardait au fond de sa mémoire les monuments des vieilles colères[301].»
[Note 299: ][(retour) ] Eginh.
Cum nox omnigenis animantibus alta quietem
Suggereret, emptis cru lelibus effera conjux,
Ducens insomnes odiis stimulantibus umbras,
Horrendo regem regina peremerit ausu.
Poet. Sax., ii, ap. P. Douq., t. v, p. 154.