[Note 288: ][(retour) ] Bajoarii cœperunt dicere, quod Tassilo non haberet fidem suam salvam, suadente uxore sua... Annal. Lois., ad ann. 788.

[Note 289: ][(retour) ] Quod si sex filios haberet, se velle illos omnes magis perdere, antequam placita sic manerent, vel stabile permanerent, sicut juratum habuit. Annal. Loisel., ann. 788.

L'étonnement du duc fut grand à Ingelheim, lorsqu'il s'aperçut qu'il comparaissait devant un tribunal destiné à le juger, et qu'il avait pour accusateurs ses propres sujets. Ses complots de tout genre, et ses crimes contre son seigneur furent déroulés l'un après l'autre, avec les circonstances et les preuves, mais les débats ne furent pas longs. Accablé par l'évidence, le malheureux avoua tout; intrigues en Grèce et en Italie, complot contre la vie du roi, provocation à la félonie vis-à-vis de ses leudes, alliance avec les Huns. Le traité conclu entre lui et ces païens pour la ruine de la chrétienté indigna sans doute l'assemblée à l'égal des attentats contre Charlemagne; et Tassilon, traître à Dieu non moins qu'au roi, fut condamné à mort d'une voix unanime[290]. Charlemagne fut le seul qui inclina pour la clémence, et parce qu'il connaissait la faiblesse de cet homme, et parce qu'il ne voulait pas verser le sang d'un membre de sa famille[291]. Comme Tassilon restait muet et stupide sous le poids de la sentence des juges, Charles lui demanda avec émotion ce qu'il voulait faire. «Tassilon, lui dit-il, quel est ton projet.[292]» «--Être moine et sauver mon âme[293]» répondit celui-ci d'une voix brève. Il ajouta après un moment de silence: «Accorde-moi la faveur de ne point paraître devant cette diète ni devant le peuple la tête rasée; qu'on ne me coupe les cheveux qu'au monastère.» Liutberg restée en Bavière, ignorait les événements d'Ingelheim: avant qu'elle en pût être informée, des émissaires du roi s'assurèrent de sa personne, de ses enfants et du trésor ducal; le tout embarqué sur le Danube fut amené sans encombre à Ingelheim. La fière lombarde subit le même sort que son mari, la réclusion monastique; et son front se courba sous le même linceul qui avait enseveli sa mère. Tassilon, enfermé d'abord dans le couvent de Saint-Goar près de Trèves, fut ensuite transféré à Lauresheim puis à Jumiège; ses deux fils Theudon et Theudebert prirent comme lui l'habit de moine, ses deux filles le voile des religieuses; l'aînée fut recluse dans l'abbaye de Chelles dont Gisèle, sœur de Charlemagne, était abbesse, l'autre dans celle de Notre-Dame de Soissons. Le trésor des ducs de Bavière alla grossir celui des Franks; et le pays réuni au territoire de la France reçut des gouverneurs royaux qualifiés de comtes ou de préfets. Ainsi, toutes les vieilles souverainetés de l'Europe, rois lombards, ducs d'Aquitaine, ducs saxons, ducs bavarois, descendaient l'une après l'autre dans le sépulcre ouvert aux rois mérovingiens. Du sein de cette mort anticipée, le monde des temps passés voyait s'élever les nouveaux temps; et les peuples de l'Europe, emportés par un mouvement irrésistible, marcher sur les pas d'une même famille à des destinées inconnues.

[Note 290: ][(retour) ] Omnes acclamaverunt eum esse reum mortis. Annal., Engolism., ann. 788.--Noxæ convictus omnium consensu, ut læsæ majestatis reus. Annal. Lauresham., ad eumd. ann.

[Note 291: ][(retour) ] Dominus piissimus rex Carolus, motus misericordia, ob amorem Dei, et quia consanguineus ejus erat, continuit, ut non moreretur. Annal. Engolism., ad. ann. 788.

[Note 292: ][(retour) ] Interrogavit Tassilonem quid agere vellet. Monach. Engolism. Vit. Car. Magn., ann. 788.

[Note 293: ][(retour) ] Postulavit licentiam sibi tonsurandi et in monasterium introeundi ut salvaret animam suam. Id., ub. sup.

On eût pu croire les Avars éclairés ou découragés par la chute de Tassilon, il n'en fut rien: le kha-kan avait mis toutes ses troupes sur pied; lui et son peuple avaient compté sur un butin qu'ils ne voulaient pas perdre; et suivant le traité fait avec le duc de Bavière, une armée descendit en Italie vers le milieu de l'année 788. Elle attendit dans le Frioul et tout en pillant, suivant son usage, que la flotte partie de Constantinople eût débarqué en Italie, Adalgise et les auxiliaires grecs. La flotte, suivant ce qui avait été convenu, devait les déposer sur la côte de Ravenne ou dans le golfe de Trieste, elle les transporta sur la pointe méridionale de l'Italie où ils n'eurent rien à faire. En effet, le duc de Bénévent, Hérigise, étant mort subitement, sa veuve avait fait la paix avec Charlemagne dans l'intérêt de son fils Grimoald, et quand les Grecs voulurent pénétrer dans l'intérieur de la presqu'île, les Bénéventins leur barrèrent le chemin. L'armée franke, aidée de ces nouveaux alliés, mit en pleine déconfiture les troupes d'Irène. Les Lombards, dont l'attitude avait été suspecte ou nettement hostile au nord de l'Italie, rentrèrent dans le devoir; et les Franks tombant vigoureusement sur les Huns, en eurent bientôt débarrassé le Frioul[294]. Cet échec n'empêcha pas le kha-kan d'envoyer en Bavière sa seconde armée, qui fut également battue. Deux généraux franks, Grahaman et Odoacre, prenant le commandement des troupes bavaroises, vinrent attendre les Huns sur la rive gauche de l'Ips, et défendirent si bien le passage de cette rivière, que le kha-kan se retira avec plus de dix mille hommes tués ou noyés[295]. Une troisième armée, reprenant l'offensive, vint encore se faire battre. Il y avait eu de la part des Huns agression évidente et gratuite, attaque en pleine paix, violation du droit des gens: Charlemagne résolut d'en tirer vengeance. Le kha-kan et le ouïgour eurent beau envoyer une ambassade à la diète de Worms, au printemps de l'année 790, pour donner des explications et prévenir la guerre s'il se pouvait, Charlemagne traita durement leurs envoyés. Après avoir entretenu la diète «de l'intolérable malice dont cette nation faisait preuve contre le peuple de France et contre l'église de Dieu[296]» et de la nécessité de lui infliger un châtiment exemplaire, il s'occupa des préparatifs d'une expédition sérieuse, et qu'il supposait devoir être longue, échelonnant des corps d'armée sur le Rhin et au delà du Rhin, et réunissant de tous côtés des armes et des vivres. Jamais, disent les historiens, on n'avait vu de tels approvisionnements[297], et jamais ce roi, qui mettait au premier rang des qualités guerrières la maturité des plans et la prévoyance, n'en avait montré davantage.

[Note 294: ][(retour) ] Avari victi confusione fugati sunt, et victoriam Franci habuerunt. Monach. Engolism., ad. ann. 788.--Deo largiente, victoriam obtinuerunt Franci. Regin. ad eumd. ann.

[Note 295: ][(retour) ] In campo Ibosæ, et missi regis Caroli Grahamanus et Audacrus cum paucis Francis fuerunt ex parte Bajoariorum, et victoria fuit christianorum, Deo protegente. De Avaris occisi sunt ad decem millia, alii in Danubium submersi... Monach. Engolism., loc. cit.--In campo Iboræ... Regin., ub. sup.